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Marceline Loridan

Marceline Loridan Ivens est morte…

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Marceline Loridan Ivens, cinéaste française, ancienne déportée, est morte hier.

Marceline Loridan
Marceline Loridan Crédits : DOMINIQUE FAGET - AFP

Marceline Loridan Ivens, cinéaste française, ancienne déportée, est morte hier, l’histoire dans son ironie l’a fait disparaître le jour où débute la fête juive de Yom Kippour, autrement dit la cérémonie du grand pardon. Pour une ancienne déportée, qu’est-ce que cela signifie mourir le jour où les hommes doivent demander pardon aux hommes – c’est toujours aux personnes et non à Dieu que l’on demande pardon puisque Dieu est miséricordieux, et accorde toujours son pardon, les individus en revanche peuvent refuser d’accorder leur pardon. 

Et pourtant la véritable interrogation après les camps de concentration, qu’il s’agisse des camps allemands, des camps cambodgiens, des autres camps, est la suivante : comment trouver la force de pardonner lorsque l’on a eu la force de survivre. Déportée alors qu’elle avait seize ans, Marceline Loridan Ivens a survécu à tout, à Auschwitz où elle a été déportée avec Simone Veil, puis à Bergen Belsen et enfin à Theresiendstadt, un an de camp, un an dans ces lieux où l’on a donné des leçons à l’enfer. 

On a pu entendre qu’il ne pouvait pas y avoir de poésie après Auschwitz, j’avoue que c’est une phrase qui m’a toujours laissé perplexe – il y aura toujours de la poésie, avant pendant et après Auschwitz – car la vraie question n’est pas là, la vraie question est celle du pardon, comment accorder son pardon après Auschwitz, ou bien encore, pour reprendre les mots de Marceline Loridan Ivens, comment aimer après Auschwitz. 

« Là-bas, comme elle l’a écrit parlant des camps, on perd d’abord les repères d’amour et de sensibilité. On gèle de l’intérieur pour ne pas mourir ». La voilà à la Libération, avec les familles « A tout ceux qui dans le hall consultaient les listes je répétais « tout le monde est mort ». S’ils insistaient je disais, « il y avait des enfants, pas un enfant ne reviendra » je ne prenais pas de gants, écrivait Marceline Loridan Ivens, je ne les ménageais pas, j’avais l’habitude de la mort ». 

Et c’est cela, la grande tragédie des survivants, devoir vivre en étant désormais plus proche de la mort que les mortels. Tous les anciens déportés que j’ai connu étaient absolument inaptes à la vie, chacun à leur manière, car on pouvait tout faire après Auschwitz, sauf vivre, pour vivre il faut beaucoup aimer les hommes. Marceline Loridan Ivens est morte hier, c’est une lourde responsabilité pour nous, puisque désormais c’est à nous de la rendre vivante à jamais. 

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