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Karl Lagerfeld en 2012 lors de son exposition photo "La Petite Veste Noire" au Grand Palais à Paris.

Karl Lagerfeld est mort alors que son vestiaire triomphait…

2 min

Le noir, le slim dont il avait fait sa silhouette mais aussi, ne l’oublions pas, le gilet jaune dont il avait assuré la promotion.

Karl Lagerfeld en 2012 lors de son exposition photo "La Petite Veste Noire" au Grand Palais à Paris.
Karl Lagerfeld en 2012 lors de son exposition photo "La Petite Veste Noire" au Grand Palais à Paris. Crédits : PATRICK KOVARIK - AFP

Souvenez-vous : « c’est laid ça ne va avec rien mais ça peut vous sauver la vie » disait-il. Un Gilet jaune aujourd’hui signe de distinction sociale, le bas versus le haut, rappelant que toute mode relève de la stratégie de distinction. 

Pourtant Lagerfeld n’était pas un dominant comme les autres. Bien sûr, il était le descendant d’une famille richissime, il amassa une fortune considérable, il ne savait pas exactement combien il avait de maisons, et voisinait surtout avec le haut du panier, voire le haut du haut, maniait un art de la provocation qui l’a protégé sa vie durant de toute action humanitaire, à la différence des autres couturiers qui ont généralement tous leur bonne cause. 

Mais pour le reste Karl Lagerfeld était essentiellement un différent, un inclassable. Tout dans la trajectoire de Lagerfeld était différent et d’abord son homosexualité, parfaitement assumée à une époque où celle-ci n’était pas encore acceptée, tandis que nombre de couturiers qui étaient ses contemporains l’ont vécu de manière douloureuse, pour lui elle allait de soi, ne méritant même pas que l’on s’y arrête. Son existence tout entière était placée sous le signe de la différence, introduisant le mauvais goût dans le bon parce que c’était ça le bon goût pour lui — l’Allemagne dans la France — refusant strictement tout lieu commun au point de lâcher à intervalle régulier des énormités… 

Eh bien, c’est cette différence-là qui lui a permis non pas d’être à la mode, mais de mourir à la mode — il aurait vécu 120 ans, il aurait été à la mode jusqu’à 120 ans… C’est cela aussi sa singularité car d’ordinaire, si l’on en croit Cocteau, la mode meurt jeune c’est même à cela qu’on la reconnaît… Sa différence, il l’a cultivée parce que c’est cela l’essence de la mode : proposer à chacun une manière de se distinguer, une manière de se distinguer qui parle au plus grand nombre. 

Comme le pensait le sociologue Georg Simmel, la mode vient souvent de l’étranger, elle est fréquemment importée d’ailleurs. Les « différents », les monstres sociaux, ont d’autant plus de facilité à inventer la mode, qu’ils ne partagent pas les appartenances moyennes d’une société. Et c’est pour cela qu’au final la mode appartient à tous. 

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