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Philip Roth en 1968 devant l'école juive où il a suivi des cours lorsqu'il était enfant.

Philip Roth n'écrira plus

3 min

Le grand écrivain américain vient de mourir à l'âge de 85 ans. Il n'y aura plus aucun Philip Roth parce qu'il appartenait à ce moment particulier où cette culture juive, engloutie par la Shoah, poussait ses derniers feux en diaspora.

Philip Roth en 1968 devant l'école juive où il a suivi des cours lorsqu'il était enfant.
Philip Roth en 1968 devant l'école juive où il a suivi des cours lorsqu'il était enfant. Crédits : Bob Peterson/The LIFE Images Collection - Getty

Il n'écrira plus parce que le grand romancier américain avait annoncé qu'il cessait le roman. Mais il n'écrira plus aussi, plus tristement, parce qu'il est mort cette nuit à l'âge de 85 ans. 

Philip Roth n'écrira plus, et il n'y aura plus aucun Philip Roth parce qu'il appartenait à ce moment particulier où cette culture juive, engloutie par la Shoah, poussait ses derniers feux en diaspora, aux Etats-Unis en l’occurrence. 

Et l'oeuvre de Philip Roth, notamment le roman qui l'a rendu incroyablement célèbre, Portnoy et son complexe, en 1969, est le symbole de ce télescopage entre le judaïsme ashkénaze, et notamment sa langue, le Yiddish, et la modernité anglo-saxonne. 

Portnoy est son complexe est l'histoire d'un homme embarrassé par une partie de son anatomie : son schlong. Et même si vous ne connaissez pas le yiddish, je suis sûr que vous comprendrez ce qu'est un schlong. Un schlong qui lui fait penser au tourresse 24h sur 24, jusqu'à le rendre michigasse... Là aussi, je pense pouvoir me dispenser de traduction.

Portnoy, le roman de l'anxiété et de la culpabilité

Portnoy est le roman de l'anxiété et de la culpabilité. Culpabilité liée au sexe, culpabilité aussi d’être un survivant probablement au lendemain de la guerre, avec un devoir chaque jour pour les personnages de Roth : faire le plein de Tzoures, de soucis. 

Mais cette anxiété est également liée à ce moment historique particulier qui entoure la prose de Roth : l'intégration américaine. Si Portnoy a tant de choses à dire à son psychanalyste le docteur Spielvogel, si Portnoy trimbale une névrose aussi lourde, c'est parce qu'il est soumis à un double bind, à une injonction contraire. 

D'une part, il doit être un bon Américain, un Américain intégré. Et pour se faire, il doit s'intégrer aux femmes américaines, aux Shikse comme on dit en Yiddish. Mais dans le même temps, frayer avec les femmes américaines est un grand péché impardonnable, une offense faite à sa mère, ce qui place le pauvre Portnoy dans une position délicate, horizontale sur le divan de son psychanalyste. 

L'amour physique est sans issue chez Roth. Pas seulement parce que ses fantasmes sont condamnés à le rester, mais aussi et surtout parce que cette sexualité doit le mener vers une intégration à la fois obligatoire et prohibée.  

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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