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Une photo de Mireille Knoll accompagnée d'un message annonçant la "marche blanche" du 28 mars 2018

Supposée "communauté juive"

2 min

Aucun organe ne représente une supposée communauté juive, d’autant plus que cette communauté est diverse en tout, du point de vue de ses opinions, de ses origines, de sa pratique religieuse.

Une photo de Mireille Knoll accompagnée d'un message annonçant la "marche blanche" du 28 mars 2018
Une photo de Mireille Knoll accompagnée d'un message annonçant la "marche blanche" du 28 mars 2018 Crédits : LIONEL BONAVENTURE - AFP

Vous vouliez revenir sur l’émotion de la communauté juive… 

Oui, et même pour être précis, oublier l’émotion et ne s’intéresser qu’à l’expression communauté juive. Cette expression réunit à peu près tous les défauts : elle est mensongère, différenciante, stigmatisante. On dirait presque du Desproges : « on me dit qu’une communauté juive s’est introduite dans la salle ». 

Aujourd’hui, elle est à nouveau employée suite au meurtre de Mireille Knoll, octogénaire assassinée parce que juive, d’un meurtre antisémite donc. Suite à ce meurtre, on évoque une communauté juive, alors qu’il n’existe en France rien de tel. Il y a le CRIF, bien sûr, mais le CRIF ne représente que lui-même. A peu près personne ne sait qui le compose, ses prises de positions plus faucon que colombe, proche du Likoud, n’ont absolument rien de consensuel. Je ne vois pas en quoi elles restituent l’opinion des juifs de France. 

Aucun organe ne représente une supposée communauté juive, d’autant plus que cette communauté est diverse en tout, du point de vue de ses opinions, de ses origines, de sa pratique religieuse. Voilà pourquoi Raymond Aron disait, je le cite, je me sens plus proche d’un « antisémite berrichon que d’un juif yéménite ». 

En outre, si le meurtre d’une vieille femme ne suscite de l’émotion que parmi la communauté juive, alors disons le franchement, tout est fichu. Il y avait des juifs en France avant que la France ne soit France, mais cela signifie que les juifs demeurent encore un corps étranger au sein de la nation, si l’on continue à parler de communauté juive. 

Du reste, les juifs seraient arrivés sur le territoire national il y a une demi-heure, cela ne changerait guère les données du problème : le meurtre d’une vieille femme serait alors vécu non pas comme une tragédie nationale mais comme un drame privé. Si ce crime ne soulevait de l’émotion que parmi la supposée communauté juive, cela marquerait l’agonie de ce que l’on appelle la communauté nationale. 

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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