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Manifestation des "gilets jaunes" à Lyon, le 24/11/2018.

Les dirigeants seraient déconnectés

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C’est le mot le plus insultant du moment, celui de déconnecté…

Manifestation des "gilets jaunes" à Lyon, le 24/11/2018.
Manifestation des "gilets jaunes" à Lyon, le 24/11/2018. Crédits : JEFF PACHOUD - AFP

Et oui, les dirigeants seraient déconnectés, les commentateurs déconnectés, tout ce beau monde irait diner dans des restaurants à 100 euros par tête de pipe, pour reprendre le mot de Gérald Darmanin, ministre des comptes publics, qu’il s’agisse d’un lapsus ou pas, peu importe… 

L’idée qu’il y aurait une déconnexion repose sur une erreur largement dénoncée en sociologie, cette erreur a pour nom sociologisme. Le sociologisme est l’idée selon laquelle ce que nous pensons est absolument déterminé par notre position sociale, sous-entendu si l’on est riche et bien portant, on ne peut pas penser le sort de ceux qui sont pauvres et malades. Et c’est sur les prémisses inverses que se sont construites les sciences sociales, l’idée selon laquelle il suffit d’être un être humain pour penser ce que ressent un autre être humain. 

Comme le disait en substance Max Weber, l’un des fondateurs de la sociologie, il n’est pas utile d’être Jules César pour comprendre Jules César. Cette règle a d’ailleurs une multitude d’illustrations que chacun jugera bonnes ou mauvaises, mais dont le sens massif est en tout cas indéniable. Exemple le plus marquant, du point de vue social : Donald Trump n’est pas plus proche des ouvriers américains que les dirigeants français ne le sont du prolétariat hexagonal, mais il semble en tout cas à même d’adopter un langage qui parle à tous, preuve que ça n’est pas la classe sociale ou l’origine sociale qui façonnent la compréhension d’autrui. 

D’ailleurs, il suffit de voir l’origine sociale des représentants des gilets jaunes pour voir que ces représentants nationaux ne sont pas tous des salariés précaires, ce ne sont pas non plus des chômeurs. Tous ou presque sont des entrepreneurs, des auto-entrepreneurs : l’une vend en ligne des cosmétiques bio, l’autre a un cabinet de courtage en prêt immobilier, un troisième a une entreprise de rénovation et de dépannage. Alors leurs fins de mois sont probablement difficiles, le poids des taxes leur paraît évidemment trop élevé, mais la plupart sont des entrepreneurs capables de parler aussi au nom des employés. 

Dans une société dite clivée, il n’est pas inutile de rappeler qu’une parole peut être sinon universelle, du moins concerner d’autres que soi. 

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