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Le "locus of control" fort de l'assassin de Strasbourg

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Qu’est ce qui incite un homme à basculer dans le terrorisme ?

Eh bien je vais vous répondre avec précision : on n’en sait rien. Mais évidemment le cas de l’auteur de l’attentat du marché de Noël de Strasbourg, abattu hier soir par la police pose encore une fois la question. Disons que les sciences sociales sont très fortes, lorsqu’il s’agit de terrorisme, pour expliquer ce qui va se produire a posteriori, quand le futur est déjà du passé - le passage à l’acte est l’un des événements les plus complexes à analyser. 

Alors après coup, que peut-on dire ? En premier lieu qu’il y a des régularités observables, notamment une acclimatation à la violence — vous me trouverez peut-être rousseauiste, mais on ne naît pas violent, on le devient, par degré, comme si l’on montait un escalier — et c’est probablement pour cela que les terroristes sont souvent d’ancien droits communs. Les nazis savaient qu’il n’y avait pas mieux qu’un droit commun pour servir de kapo dans les camps de concentration. 

Mais cela ne suffit pas, il faut quelque chose de plus, ce que l’assassin de Strasbourg a dit mot pour mot au chauffeur de taxi qu’il avait braqué : « Tu sais ce que j'ai fait? J'ai tué des gens! (...) Pour nos frères morts en Syrie. » Dans cette phrase on trouve la condition nécessaire du passage à l’acte, ce que l’on appelle le locus of control

Le locus of control, c’est ce qui permet à l’auteur d’un geste criminel de justifier aux yeux d’autrui mais surtout à ses propres yeux, pourquoi il a commis un crime, c’est le contraire d’un geste gratuit. Ce qui prédomine chez les assassins c’est un locus of control fort, autrement dit une forte propension à justifier ce qui pour la majorité des individus ne pourrait pas l’être. Pour devenir ce terroriste strasbourgeois il faut être capable d’associer le sort d’innocents sur un marché de Noël et le sort des Syriens. 

C’est ce même locus of control qui a été perçu chez les nazis qui participèrent à la Shoah par balle – parce qu’il faut beaucoup se justifier pour être un assassin, dire par exemple, comme l’ont fait ces nazis, que l’on tue des enfants pour ne pas laisser d’orphelins. C’est cela le point commun de ces criminels, avoir un locus of control fort pour justifier l’injustifiable.

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