LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Magasin Toys'R'us de Highland Park (Illinois) en janvier 2018

LBO : un jeu diabolique

2 min

Toys’R’us, la grande chaîne américaine de jouets, 735 magasins et surtout 30 000 emplois sont aujourd’hui menacés.

Magasin Toys'R'us de Highland Park (Illinois) en janvier 2018
Magasin Toys'R'us de Highland Park (Illinois) en janvier 2018 Crédits : Scott Olson - Getty

Les jouets ont fait faillite. Toys’R’us, la grande chaîne américaine de jouets, 735 magasins et surtout 30 000 emplois sont aujourd’hui menacés. On a appris que cette entreprise était sur le point de faire faillite, et chacun a pensé à la responsabilité d’internet dans cette faillite. 

Mais la vérité, en réalité, est beaucoup plus intéressante. Car Toys’R’us est victime d’une invention diabolique, un machin qui a détruit des dizaines de millions d’emplois dans le monde en toute légalité, et, dans une relative indifférence. Ce machin s’appelle le LBO : leveraged buy-out.

On a beaucoup glosé sur la finance prédatrice, les Junk Bonds, les rogues banks, les « banques voyous », mais on ne s’est jamais penché sur les LBO alors même qu’ils ont détruit, je le répète, des pelletées d’emplois. Alors le LBO c’est un machin complètement incroyable : cela consiste à racheter une entreprise, jusqu’ici rien de très spécial, racheter une entreprise sans payer un rond, c’est là où ça tient du génie, sans payer un rond et en faisant payer la boite que vous rachetez. 

Et certaines entreprises, comme Vivarte, par exemple, entreprise qui détient notamment les enseignes Kookaï ou André, ont fait plusieurs LBO. C’est-à-dire que les dirigeants se sont rachetés plusieurs fois l’entreprise à eux-mêmes, c’est parfaitement légal et complètement diabolique. 

Evidemment, ça pèse sur l’entreprise puisque c’est elle qui doit dégager suffisamment d’argent pour se racheter à elle-même. Les forces vives de l’entreprise, autrement dit son bénéfice, son résultat net, sont attribués non pas aux investissements de l’entreprise qui peuvent assurer son avenir, mais à une opération qui enrichit les actionnaires, enrichit le patrimoine des actionnaires, et appauvrir l’entreprise. 

Et c’est ainsi que Toys’R’us a réussi la gageure de réduire pratiquement complètement ses pertes, c’est donc une entreprise en bonne santé qui va mourir, en filant droit vers la faillite… Peut-être un jour s’intéressera-t-on aux LBO… A force de jouer au LBO, on va finir par casser ses jouets.  

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......