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Juan Guaido et Nicolas Maduro

Venezuela et dégénération de notre débat public

2 min

On vient d’ajouter un nouveau département à la France, il s’appelle le Venezuela.

Juan Guaido et Nicolas Maduro
Juan Guaido et Nicolas Maduro Crédits : SERGEI GAPON - AFP

Alors, certes, notre gouvernement ne gère pas encore le Venezuela, je crois qu’il a déjà fort à faire en métropole, et, cependant, le Venezuela est devenu un problème tout simplement de politique intérieure. Tout le monde s’y met ce matin : la France Insoumise est au taquet, Emmanuel Macron tweete et Le Figaro éditorialise, ils ne sont pas les seuls.

Le Venezuela est devenu un problème franco-français. C’est une vraie bonne nouvelle pour la Corée du Nord et Israël qui, du coup, intéressent moins et peuvent prendre des vacances. Par exemple, avant cette annexion, on entendait souvent dire d’une mesure qu’elle était « nord-coréenne » — je précise d’ailleurs que le qualificatif devait être entendu de manière péjorative — et maintenant on s’intéresse à vraiment autre chose. 

Pour le dire en une phrase : Maduro est-il plus ou moins légitime qu’Emmanuel Macron ? Car, par une ironie dont l’Histoire a le secret, ceux qui discutent de la légitimité d’Emmanuel Macron ici soutiennent la légitimité de Nicolas Maduro là-bas, et j’ajoute que la phrase est strictement réversible, la réciproque est définitivement vraie.

Pour le reste, la nationalisation du pétrole vénézuélien, en vrai, ça nous chatouille l’équateur mais sans faire bouger le méridien de Greenwich. Les remarques autour de ce pays servent à mobiliser son camp politique ou bien à réveiller celui d’en face. Bien sûr, on aurait pu prendre la Syrie ou l’Erythrée, deux pays où le bonheur est disponible uniquement sur le marché noir, mais vous comprenez, la Syrie c’est compliqué, l’Erythrée on sait à peine que ça existe, tandis que le Venezuela c’est extrêmement pratique. Il y eut la Chine, Cuba, le Cambodge, mais la roue tourne.

Faute de nouveauté, le débat public s’endort, voilà pourquoi il faut remercier Juan Guaido et Nicolas Maduro de l’avoir soudainement redynamisé. Dans les semaines qui viennent, on va beaucoup parler du Venezuela, autrement dit, beaucoup parler pour ne rien dire sur la scène intérieure, parce que l’on cumule autour de cette question une ignorance des réalités locales et des lunettes idéologiques diverses.

Mais que les Vénézuéliens se rassurent, nos politiques ne sont absolument pas prêts à traverser le globe pour aller les gouverner, ce pays est voué à demeurer un symbole, celui de la dégénération symbolique de notre débat public.

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