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Centre de rétenntion administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande, près de Rennes

Les fichés S

2 min

Pour emprisonner les fichés S les plus dangereux, catégorie nébuleuse distincte des fichés S inoffensifs, il faudrait pouvoir emprisonner sur la foi de simples soupçons.

Centre de rétenntion administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande, près de Rennes
Centre de rétenntion administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande, près de Rennes Crédits : FRANK PERRY - AFP

L’opinion c’est comme tout, ça se travaille…

Et ça se travaille à coup de sondage. Je pense notamment à un sondage Odoxa largement commenté, lequel explique que 87 % des Français souhaitent placer en rétention administrative les fichés S les plus dangereux. 

87% des Français pour emprisonner les fichés S dangereux, on dirait du  Pierre Dac, pour les plus âgés, ou du Rémy Gaillard pour les plus jeunes. Pour un peu, on demanderait aux Français s’ils sont favorables à ce que l’on enferme les futurs terroristes. Et demain aussi peut-être demandera-t-on à l’opinion publique si elle pense judicieux d’éviter les attentats. 

En fait, il n’y a pas de problème suffisamment épineux, de question sociale suffisamment lourde à laquelle un institut de sondage ne trouve pas une réponse simple, frappée au coin du bon sens, et fausse. 

Pour emprisonner les fichés S les plus dangereux, catégorie nébuleuse distincte des fichés S inoffensifs, il faudrait pouvoir emprisonner sur la foi de simples soupçons. Ça existait avant, ça s’appelait des lettres de cachet, et être capable de sonder les reins et les cœurs d’individus pour mesurer leur dangerosité, ça existait avant ça en 1984, ça  s’appelait Crime pensée. 

Mais plus fondamentalement, ce genre de sondage est une marque absolue de  victoire pour les terroristes. Car les plus illuminés des djihadistes savent fort bien qu’ils ne remporteront pas de victoire militaire sur les démocraties. La seule chose que les adeptes de DAESH peuvent mener à  bien ce sont des actes sauvages, barbares, terrifiants, comme leur nom l’indique, mais sans portée véritable sur le plan militaire. 

Leur souhait, c’est de saper nos démocraties en nous incitant à abandonner notre manière de vivre, nos mœurs, nos lois, détruire la démocratie en nous incitant à devenir des dictatures. Par exemple, en détruisant l’État de droit, lequel nous empêche de croire qu’il est possible et souhaitable d’enfermer les fichés S les plus dangereux. 

Cela  me rappelle la réaction de Churchill  à une proposition, durant le Blitz, en 1940, de ne pas protéger les théâtres londoniens. Churchill, si nous ne battons pas pour les théâtres, alors pourquoi nous battons-nous ?

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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