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Le MUR au 109 rue Oberkampf, panneau d'expression artistique portant l'inscription "Dare to be Charlie" (Osez être Charlie)

« Toujours Charlie » ?

1 min

On peut tout faire d’un journal satirique, sauf s’en servir comme d'un drapeau.

Le MUR au 109 rue Oberkampf, panneau d'expression artistique portant l'inscription "Dare to be Charlie" (Osez être Charlie)
Le MUR au 109 rue Oberkampf, panneau d'expression artistique portant l'inscription "Dare to be Charlie" (Osez être Charlie) Crédits : ean Daniel Sudres / Aurimages - AFP

L’amour dure trois ans… Oui, trois ans je ne sais pas, mais le slogan « toujours Charlie » en tout cas, ne durera pas beaucoup plus que trois ans à mes yeux… Parce que ce slogan était finalement un attentat de plus, un attentat symbolique bien sûr, contre Charlie Hebdo, lequel est, faut-il le rappeler, un journal satirique, pas précisément fait pour servir de symbole. 

À l’origine donc, un slogan destiné à réaffirmer au lendemain du traumatisme l’attachement d’un pays pour la liberté d’expression, la possibilité de tout dire et de tout laisser dire, y compris des propos aux antipodes de ses convictions, bref, le voltairien « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais... », vous connaissez la suite. 

À l’arrivée, la situation est plus complexe, puisque Charlie Hebdo n’est pas et ne peut pas être un objet consensuel. Ce n’est pas le journal de l’Abbé Pierre, c’est un journal satirique, bête et méchant, c’est marqué dessus, habitué à mordre la main qui le caresse. 

D’où la surprise quotidienne de nombreuses personnes qui se découvrent à la faveur de telle ou telle couverture, pas du tout Charlie parce que Charlie leur parait bête, méchant, vulgaire et j’en passe. 

C’est qu’il y a une nouveauté entre Charlie il y a 20 ans et Charlie aujourd’hui : c’est internet, et internet diffuse tout ou une partie de ce journal, sans son contrat de lecture, autrement dit sans son contexte. Charlie Hebdo est désormais diffusé par l’instrument qui nie, qui piétine le second degré, à savoir internet. Voilà pourquoi chaque couverture de Charlie Hebdo peut et même devrait faire scandale. Chaque semaine qui passe, les Français se révèlent fatalement un peu moins Charlie. 

Voilà pourquoi trois ans après le 7 janvier 2015, les Français sont fatalement moins Charlie, manière de rappeler que l’on peut tout faire d’un journal satirique, sauf s’en servir comme d'un drapeau. 

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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