LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Peut-on coucher avec quelqu’un d’En Marche ?

2 min

C’est logique : le renouveau en politique pose des questions nouvelles. Avant, il y a mille ans, c’est-à-dire il y a un mois, la seule question politiquement sérieuse était : peut-on coucher avec quelqu’un de droite ?

Si je formule la question ainsi, c’est parce que l’on a jamais vu une personne refuser de se mieux connaitre un individu marqué à gauche au prétexte de son orientation partisane. Même Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à franchir la barrière de l’espèce. En ce sens, la consommation sexuelle du, ou de la, gauchiste n’a jamais posé de problème philosophique sérieux. Elle a revanche fourni son argument au film « Le nom des gens » ou, comme on s’en souvient, Sarah Forestier, de gauche, séduisaient des hommes de droite pour qu’ils votent à gauche.

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, cette question se pose sous une forme nouvelle. : peut-on coucher avec quelqu’un de la République En marche. Si l’on met de côté les plaisanteries grasses – comment faire l’amour en marche…. – il faut apporter une réponse à cette interrogation véritablement inédite. Coucher s’un seul coté, cela se justifiait à l’époque du clivage droite-gauche, mais dans un mouvement œcuménique pourquoi ne pas coucher avec tous ? Des sectes ont prospéré sur ce type de libéralité. Bénéficier de « 70 vierges plus tard », voila qui a convaincu une poignée d’individus. Mais « cesser d’être puceau tout de suite » constitue une promesse bien plus alléchante, comme l’a montré le succès de la secte des Raéliens.

La République en Marche n’est pas plus le parti de la gabegie que celui de la partouze. Ce mouvement digne et cravaté ne prône pas l’amour libre. « On ne peut pas faire l’amour avec un taux de croissance » disait-on en Mai 68, En Marche promeut avant tout le taux de croissance. Et cependant, il n’en faudrait pas beaucoup pour que le mouvement d’Emmanuel Macron devienne innovant en matière de mœurs. Le « et en même temps » cher à son fondateur pourrait ainsi devenir une invitation au triangle amoureux, et de droite et de gauche, un peu comme si les universités d’été d’En Marche se plaçaient sous le signe des J&J, Jules et Jim, pour prendre un exemple parfait de trio. Toutefois le modèle de couple fourni par le chef – disponible sur simple abonnement à Paris Match – apparaît désespérément traditionnel. On est loin de la théorie Bolchevik du verre d’eau – faire l’amour est aussi prosaïque que de boire un verre d’eau – tout comme des bacchanales homo érotiques du Front National version Jean Marie.

Le Front National parlons-en. A mes yeux, rien de plus subversif que l’amour au-delà du front républicain. Le « sexe c’est bien quand c’est mal » disait en substance Woody Allen et quoi de plus mal que le FN ? Si vous souhaitez briller en société dans un dîner d’amis, d’amis de gauche, inutile de le préciser, pas la peine de risquer le pire en revisitant le Kama Sutra façon ski acrobatique : dites uniquement que vous vous tapez un mec ou une fille FN. Vos amis se détourneront de vous, surement parce qu’ils jalouseront une vie sexuelle aussi dingue que la vôtre.

Mais si le FN est aphrodisiaque, qu’en est-il de la droite dite classique ? La réponse à cette question est dans la question : qui a envie de classique en amour ? Pire encore : on peut soupçonner la droite austère d’avoir une gestion purement comptable de l’acte sexuel. Que donne l’individualisme thatchérien lorsqu’il s’exprime dans la chambre à coucher ? Peut-être se résume-t-il à des pratiques sexuelles singulièrement égoïstes, l’orgasme de l’un s’achevant avant que celui de l’autre ne commence… La gauche a la réputation d’être beaucoup plus généreuse. Cette réputation est elle fondée ? Dans le troisième volet de Vernon Subutex, Virginie Despentes, présente le polyamour comme une théorie de gauche, parce qu’écrit-elle, ça ne fonctionne pas. L’utopie amoureuse traverse des moments difficiles…

Il est encore trop tôt pour savoir si Macron jupiterien sera le dieu des lieux de plaisir ou bien celui des open space. Les start upers n’ont pas inventé grand-chose en matière d’érotisme. Des applications comme Tinder sont à l’amour ce que Netflix est au cinéma. Et en même temps, la bienveillance et autres babioles new age charriées par le mouvement peuvent aboutir à un autre état de grâce, un nouveau « summer of love ». Et l’on saura alors si un bon coup politique peut donner lieu à des bons coups.

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......