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Usine Zara à Arteixo, Espagne.

La perdition du Sentier

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Qui sont les vraies victimes de la mode?

Usine Zara à Arteixo, Espagne.
Usine Zara à Arteixo, Espagne. Crédits : MIGUEL RIOPA - AFP

Qui sont les vraies victimes de la mode… 

Oui, les vraies victimes de la mode, pas les « fashion victims », fashionista et autres fashionisto que l’on voit défiler pendant la période des défilés haute couture, mais les gens que la mode laisse sur le carreau. 

C’était le titre du journal Le Monde hier, l’impossible reclassement des salariées de l’habillement : les enseignes Pimkie, Brice et Mim licencient, un personnel peu qualifié qui a bien du mal à retrouver un emploi… Une situation décrite comme une fatalité, comme si une comète s’écrasait sur la terre. 

Et pourtant, la France avait tout pour réussir, la France avait l’équivalent de la Silicon Valley pour les fringues, même si c’était moins glorieux, la France avait le Sentier. Et le Sentier a tout inventé en matière de basse couture, Zara et H&M n’ont eu qu’à se baisser pour ramasser la mise, ou plutôt la méthode. Zara et H&M pèsent plus sur le marché des fringues aujourd’hui que Mac Donald ne domine nos ventres. Il faudra un jour que l’on s’interroge sur la politique française destinée à faire la peau au Sentier, le faisant partir en Espagne avec Zara ou plus loin encore, permettant ainsi à l’Espagne mais aussi au Portugal voire à l’Italie de conserver une industrie textile alors que l’on s’employait en France à la chasser. 

Car voyez-vous, l’industrie de la sape n’est pas une industrie comme les autres, c’est l’occupation préférée des primo-arrivants : même ceux qui n’ont rien peuvent trouver une machine à coudre, de ceux qui ne parlent pas la langue — dans ma famille on en sait quelque chose, pendant des années, les années terribles ou pas, on a survécu grâce à l’aiguille, moi-même j’ai connu ce monde-là avant qu’on ne le détruise. ça n’était pas le Moyen-âge, comme disait Ferré, c’était bien plus haut que cela, c’était un monde dominé par le bonjour des simples et le commerce des rusés, mais ce monde-là donnait du boulot aux sans grades. On l’a détruit, ou plutôt on l’a offert aux autres pays – la France elle s’intéressait au luxe, l’avenue Montaigne ou rien, Belleville ou Aubervilliers c’était loin. 

Alors on a détricoté le secteur textile et c’est ainsi que les travailleurs de la mode sont devenus les victimes de la mode. 

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