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"La guerre et ce qui s'ensuivit"

Véronique Olmi : "En relisant ce poème d'Aragon, je me rends compte qu'il est pris entre l'éveil et le rêve"

4 min
À retrouver dans l'émission

"La guerre et ce qui s'ensuivit", Le roman inachevé, Louis Aragon, 1956. "Tu n'en reviendras pas", Ferre chante Aragon, 1961.

"La guerre et ce qui s'ensuivit"
"La guerre et ce qui s'ensuivit" Crédits : Louis Aragon, 1956

Nous sommes allés à la rencontre de Véronique Olmi qui publie “Les évasions particulières” chez Albin Michel. Les évasions particulières, c’est le cheminement d’une famille modeste d’Aix-en-Provence sur la décennie qui court entre l'après 68 et l'élection de François Mitterrand en 1981. Trois sœurs qui deviennent trois jeune femmes et qui sont traversées par les évolutions des mentalités et des mœurs, qui rêvent, qui se questionnent, qui s'éloignent qui se rapprochent, et on oscille ainsi entre la chronique sociale et le récit intime d'un saga familiale. 

"Les évasions particulières",
"Les évasions particulières", Crédits : Véronique Olmi, Albin Michel, 2020

Pour son idée culture, Véronique Olmi a choisi une oeuvre qu'elle a découvert en voiture, à l’âge de l’une de ses personnages. Un auteur que Marie Hélène Lafon décrivait en première partie de cette matinale comme étant "l’épicentre du séisme"....  

Louis Aragon, 1940
Louis Aragon, 1940 Crédits : Getty

Ce poème, c'est l'impossible oubli, c'est un poème hanté, une supplication pour que les morts laissent la place aux vivants, mais cela est impossible

Leo Ferre, 1961
Leo Ferre, 1961 Crédits : Getty

Et le poème : 

"On part Dieu sait pour où ça tient du mauvais rêve

On glissera le long de la ligne de feu

Quelque part ça commence à n'être plus du jeu

Les bonshommes là-bas attendent la relève […]

Et nous vers l'est à nouveau qui roulons Voyez

La cargaison de chair que notre marche entraîne

Vers le fade parfum qu'exhale les gangrènes

Au long pourrissement des entonnoirs1 noyés

Tu n’en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j’ai vu battre le cœur à nu
Quand j’ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille2

Qu’un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l’ancien Légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

Roule au loin roule train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secoue
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur

Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous faite de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

Vous étirez vos bras vous retrouvez le jour
Arrêt brusque et quelqu’un crie Au jus là-dedans
Vous baillez Vous avez une bouche et des dents
Et le caporal chante Au pont de Minaucourt3

Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri."

L'équipe
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