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Les chansons d'Aragon chantées par Leo Ferré

Véronique Olmi : "En relisant ce poème d'Aragon, je me rends compte qu'il est pris entre l'éveil et le rêve"

6 min
À retrouver dans l'émission

Véronique Olmi revient pour l'idée culture sur sa découverte, à travers Leo Ferre, de la poésie de Louis Aragon.

Les chansons d'Aragon chantées par Leo Ferré
Les chansons d'Aragon chantées par Leo Ferré

Nous sommes allés à la rencontre de Véronique Olmi qui publie “Les évasions particulières” chez Albin Michel. Les évasions particulières, c’est le cheminement d’une famille modeste d’Aix-en-Provence sur la décennie qui court entre l'après 68 et l'élection de François Mitterrand en 1981. Trois sœurs qui deviennent trois jeune femmes et qui sont traversées par les évolutions des mentalités et des mœurs, qui rêvent, qui se questionnent, qui s'éloignent qui se rapprochent, et on oscille ainsi entre la chronique sociale et le récit intime d'un saga familiale.

Pour son idée culture, Véronique Olmi a choisi une oeuvre qu'elle a découvert en voiture, à l’âge de l’une de ses personnages....

Louis Aragon, 1940
Louis Aragon, 1940 Crédits : Getty

Ce poème, c'est l'impossible oubli, c'est un poème hanté, une supplication pour que les morts laissent la place aux vivants, mais cela est impossible

Et le poème : 

"On part Dieu sait pour où ça tient du mauvais rêve

On glissera le long de la ligne de feu

Quelque part ça commence à n'être plus du jeu

Les bonshommes là-bas attendent la relève […]

Et nous vers l'est à nouveau qui roulons Voyez

La cargaison de chair que notre marche entraîne

Vers le fade parfum qu'exhale les gangrènes

Au long pourrissement des entonnoirs1 noyés

Tu n’en reviendras pas toi qui courais les filles  Jeune homme dont j’ai vu battre le cœur à nu  Quand j’ai déchiré ta chemise et toi non plus  Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille2

Qu’un obus a coupé par le travers en deux  Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre  Et toi le tatoué l’ancien Légionnaire  Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

Roule au loin roule train des dernières lueurs  Les soldats assoupis que ta danse secoue  Laissent pencher leur front et fléchissent le cou  Cela sent le tabac la laine et la sueur

Comment vous regarder sans voir vos destinées  Fiancés de la terre et promis des douleurs  La veilleuse vous faite de la couleur des pleurs  Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

Vous étirez vos bras vous retrouvez le jour  Arrêt brusque et quelqu’un crie Au jus là-dedans  Vous baillez Vous avez une bouche et des dents  Et le caporal chante Au pont de Minaucourt3

Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit  Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places  Déjà le souvenir de vos amours s’efface  Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri."

Pour son idée culture, Véronique Olmi a choisi une œuvre qu'elle a découvert en voiture, à l’âge de l’une de ses personnages. Un auteur que Marie Hélène Lafon décrivait en première partie de cette matinale comme étant "l’épicentre du séisme"....

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