LE DIRECT
Amélie Nothomb

Amélie Nothomb pour son nouveau roman, "Les Aérostats" : "Toute littérature qui frappe est de la grande littérature"

29 min
À retrouver dans l'émission

Amélie Nothomb s'entretient avec Guillaume Erner pour la parution de son nouveau roman, "Les Aérostats" (Albin Michel, 2020). Par l'intermédiaire de ses deux protagonistes, elle y célèbre la lecture comme une activité qui fait grandir, qui fait débattre, et peut-être même vivre.

Amélie Nothomb
Amélie Nothomb Crédits : JOEL SAGET / AFP - AFP

Né dans une famille riche qui n'a plus "aucun contact avec le réel", Pie, 16 ans, est dyslexique et n'aime pas la littérature. Son père, avec qui il entretient une relation compliquée, embauche Ange, 19 ans, afin de le transformer en lecteur. Il en devient un grand.

Les pouvoirs de la littérature

Les classiques littéraires ont construit la personne qu'est Amélie Nothomb comme ils construisent son personnage : ils l'ont fait grandir, ils l'ont sauvée d'un vide, ils lui ont "donné un corps". L'écriture est par ailleurs pour elle la "seule possibilité de plaire". 

La littérature relate aussi le réel tel qu'il est. Les aérostats décrit une relation particulière, qui n'est pas verticale, entre maître et élève. Finalement, c'est même l'élève qui transforme le maître. De même, la relation entre le père et le fils est compliquée. L’attitude du père mêle autorité et perversion, et pourtant il désire créer une relation avec son fils. Les personnages inventés, comme chacun et chacune d'entre nous, sont des "composites de beauté et de laideur". 

Littérature et morale

L'ouvrage est quasiment entièrement composé de dialogues. L'occasion de relater des débats sur la signification de La Métamorphose de Kafka ou sur Le Rouge et le Noir de Stendhal. Les opinions de Pie sont tous issus de considérations qu'Amélie Nothomb a entendu dans les bouches d'adolescents de quinze ou seize ans. La conclusion des analyses est que chaque roman est soit une Iliade, soit une Odyssée. 

L'Iliade est un texte de chaos, d'injustices, de dissonances : c'est la guerre ! Et L'Odyssée, c'est un voyage qui, finalement, se termine assez bien. Donc oui, en effet, tout texte est soit un texte de chaos qui ne se conclut pas du tout, il n'y a pas de conclusion à L'Iliade, soit en voyage heureux qui finit plutôt agréablement. Amélie Nothomb.

L'Iliade présente une spécificité : l'oeuvre n'a pas de morale. Amélie Nothomb insiste sur la nécessité de ne pas confondre littérature et bien. Le second n'est pas la fonction de la première. Celle-ci doit "nous permettre de décrypter le réel", et littérature et bien peuvent se recouper, sans pour autant être systématiquement superposés.

Littératures et regards sur le monde

"Tout texte qui demeure vivant est de la grande littérature", sans  que son auteur ou son autrice le soit nécessairement, estime Amélie Nothomb. Il faut considérer les récits sans regard commun, d'un auteur à l'autre mais aussi d'une forme de récit à l'autre. L'autobiographie a pour l'auteure de plusieurs romans inspirés de sa propre histoire, autant de valeur que la fiction. D'ailleurs, Amélie Nothomb est Ange "à peu de choses près". De même, l'auteure ne veut pas croire que l'écrit risque d'être concurrencé par le cinéma ou par des séries télévisées

Il s'agit de voir ce que ces grands artistes font du même sujet. C'est ça qui est formidable. L'individu Stendhal, l'individu Valjean, Hugo braquent leur regard sur l'espèce humaine. Et ça donne deux résultats qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre et qui ont pour unique point commun d'être sublime. N'est ce pas formidable? Amélie Nothomb.

La littérature peut changer la vie d'un adolescent ou de n'importe qui d'autre. C'est une conviction que l'expérience d'Amélie Nothomb valide. Et elle conseille de commencer par des œuvres compliquées, le meilleur moyen de transformer quelqu'un en lecteur. "La difficulté est très stimulante pour les adolescents". 

Littérature confinée

Le père d'Amélie Nothomb, dont elle était très proche, est décédé au début du confinement. Elle se dit pourtant heureuse qu'il n'ait pas vécu une situation qu'il n'aurait pas supportée. Elle lui a écrit une lettre pour exprimer sa perception de la situation. 

L'écriture n'est pas, aux yeux d'Amélie Nothomb, une arme pour supporter le confinement, mais plutôt un facteur de fragilisation pour l'écrivain ou l'écrivaine. La lecture a par contre "sauvé" l'écrivaine pendant le confinement, qui a relu l'ensemble des œuvres de Victor Hugo. 

Les aérostats, Amélie Nothomb. Albin Michel, 2020. 

Intervenants

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......