LE DIRECT
Drapeaux de l'Union Européenne devant la Commission Européenne

Giuliano da Empoli, essayiste : "Seule la culture, si on la met en avant, peut sauver l'Europe de son propre ennui"

18 min
À retrouver dans l'émission

Giuliano da Empoli, essayiste et ancien conseiller politique de Matteo Renzi, est l'invité de Chloë Cambreling à l'occasion de son article "Sept idées pour un plan de relance culturel de l'Union Européenne" paru dans la revue Le Grand Continent.

Drapeaux de l'Union Européenne devant la Commission Européenne
Drapeaux de l'Union Européenne devant la Commission Européenne Crédits : EMMANUEL DUNAND / AFP - AFP

Essayiste, ancien conseiller politique de Matteo Renzi(premier ministre de l'Italie entre 2014 et 2016), ancien adjoint à la culture à la mairie de Florence, aujourd'hui président de Volta (un centre de réflexion basé à Milan à et à Bruxelles), Giuliano da Empolia publié récemment une note d'études géopolitiques intitulée Sept idées pour un plan de relance culturel de l'Union. Dans cet essai, il s'adresse à "cette Europe qui occupe tant bien que mal le terrain de la rationalité, mais abandonne aux nations et aux nationalistes le champ des émotions et des sentiments".

Les Etats-membres de l'Union Européenne sont à un véritable moment hamiltonien de leur histoire : un moment majeur de mutualisation et d'unification. C'est très encourageant, au niveau de la rationalité. Mais pour ce qui est du sentiment européen, on est encore très loin d'une identité européenne partagée par tous. Giuliano da Empoli

Une stratégie européenne de l'ennui

Pour da Empoli, l'Union Européenne telle qu'elle fonctionne empêche la formation d'un peuple européen dans la mesure où partout où s'étend son action, s'étend également... l'ennui. "_L'ennui européen n'est pas un hasard, mais une stratégie"_affirme ainsi l'essayiste italien. Une peur des passions culturelles et identitaires après la Seconde Guerre Mondiale aurait ainsi déterminé les pays fondateurs de l'Union Européenne à la créer sur la base d'intérêts communs, en espérant qu'en émerge un jour une identité commune. Cependant, selon l'auteur, l'effet aurait été inverse.

Ceux qui investissent aujourd'hui le plus dans l'identité, la culture et les passions sont les anti-Européens, ceux qui veulent détruire l'Europe. La Hongrie de Viktor Orban est le pays européen qui consacre la plus grande partie de son budget à la culture car il a compris que c'est un enjeu stratégique. Des gouvernements comme le sien occupent un terrain très fertile car l'Europe elle-même n'arrive pas à mobiliser ces sentiments en sa faveur. Giuliano da Empoli

La culture entre dans les compétences de l'Union Européenne seulement après 1992. Elle représente aujourd'hui 0,01% du budget communautaire. En termes d'action culturelle, selon da Empoli, l'Europe s'en tient à réaliser des représentations symboliques neutres qui "non seulement ne fonctionnent pas mais sont participent surtout à un sentiment grandissant d'ennui".

Un "New Deal" pour relancer la culture européenne : un enjeu géopolitique 

Le "New Deal", plan de relance de politiques publiques instauré aux Etats-Unis par le président Franklin D. Roosevelt durant les années 1930, est avant tout un investissement public et financier aux proportions monumentales. Cependant, comme le note da Empoli, "cela allait de pair avec un investissement symbolique et culturel majeur qui, entre autres, a mobilisé des milliers d'auteurs pour réaliser un grand autoportrait collectif de leur pays. Et c'était plus que des bons sentiments : on a ainsi collecté des milliers de témoignages oraux de l'expérience de l'esclavage aux Etats-Unis pour produire un véritable discours historique sur l'esclavage". 

Pour ne pas tomber dans une culture officielle, voire une propagande, il faut multiplier les voix autant que possible. Permettre même aux expériences les plus négatives de ce qu'est la vie dans l'Union Européenne d'être exprimées. On ne peut pas éternellement craindre la controverse : la fin de l'ennui commence avec la controverse. Giuliano da Empoli

_Sept idées pour un plan de relance culturel de l'Union_est donc un texte au service d'un objectif simple et urgent : "Il faut sortir absolument de la situation actuelle où la moindre mention d'Europe, que ce soit dans le titre d'un livre ou d'une émission de radio, suscite l'ennui et le désintérêt".

Investir dans la culture, c'est pour l'auteur investir dans une représentation des passions et des sentiments d'une communauté, autour desquels se construit l'identité. Aux yeux de da Empoli, on constate cette victoire des sentiments au sein de la victoire des nationalismes identitaires, et les passions se révèlent donc de considérables enjeux géopolitiques. 

L'Europe et son histoire : une expérience collective à recomposer

Comment connaître l'histoire européenne alors que l'histoire, aujourd'hui encore, se construit d'abord au sein de ses nations ? Face à cette problématique, l'essayiste plaide à nouveau le recours à la controverse, à la multiplication des points de vue d'historiens issus de différents pays européens, afin d'identifier ce qui constitue l'expérience collective européenne.

Intervenants

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......