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Giuseppe Penone, Indistinti confini - Noce [“Frontières indistinctes - Noyer“], 2020

Giuseppe Penone, sculpteur de la nature

16 min
À retrouver dans l'émission

Giuseppe Penone est ce matin l'invité de Chloë Cambreling. Sculpteur appartenant au courant de l'Arte Povera, il présente depuis le 12 juin au Pompidou-Metz sa sculpture "Frontières indistinctes - Noyer". Artiste inspiré par la nature, ce sera également l'occasion de revenir sur sa carrière.

Giuseppe Penone, Indistinti confini - Noce [“Frontières indistinctes - Noyer“], 2020
Giuseppe Penone, Indistinti confini - Noce [“Frontières indistinctes - Noyer“], 2020 Crédits : © Adagp, Paris 2019 © Centre Pompidou-Metz / Photo Jacqueline Trichard / 2020

L'artiste plante un arbre de bronze et de marbre au centre du forum du centre Pompidou-Metz jusqu'en janvier 2021. 

Un arbre anthropomorphe 

Un noyer moulé en bronze de quinze mètres a été érigé au musée par Giuseppe Penone dans le cadre du dixième anniversaire du Centre Pompidou. A l'origine de ce projet, la rencontre entre Penone et un arbre caractérisé par une "forme très drôle", des branches et un tronc presque anthropomorphes.  

Il y a ces deux éléments, le bronze et le marbre. Le bronze, qui est cette matière qui fossilise le végétal d'une manière extraordinaire parce qu'il est très mimétique par rapport au végétal. Le marbre, par contre, a cette douceur qui est un peu la douceur du corps, la douceur de la chair. Giuseppe Penone.

L’artiste salue la capacité de l'être humain d'associer et d'interpréter les éléments qui l'entoure, puis de les fusionner. Il fait ainsi disparaître les distinctions qui dissocient les différents corps existants.  

L'être humain, élément de la Nature

Penone revient à ce sujet sur son début de carrière, à la fin des années 1960. Cette période associait art abstrait et le retour de la figure de l'être humain. Ce dernier n'était pas alors caractérisé avant tout par son corps, mais par "ses émotions et ses intérêts". La Nature, quant à elle, avait disparu de l'art depuis "plusieurs décennies", et notamment depuis l’impressionnisme. La sculpture l'occultait, en particulier en faveur des monuments.

C'est catastrophique parce que l'on pense, ou l'on pensait que l'Homme avait un pouvoir total, presque, sur la matière. Et là on s'aperçoit qu'un petit élément vital de la Nature qui ne nous convient pas suffit pour que tout notre système économique et social, toutes nos règles de vie changent. Ce n'est pas quelque chose qui doit nous surprendre.  Giuseppe Penone.

Les discours actuels sur un supposé "retour de la nature" ne surprennent pas Penone, pour qui la matière forme un ensemble unique composé à la fois des minéraux, des végétaux et des animaux. L'être humain n'est donc ni maître, ni possesseur de la Nature, mais plutôt composant comme un autre.

Lieu de passage

Apprécier cette fusion entre humain et arbre est proposé à chacun et chacune. L'œuvre se situe dans un endroit très fréquenté par les visiteurs, mais ces derniers ne sont pas les seuls à en profiter. Des oiseaux et oisillons se sont posés sur elle, ce qui ne surprend pas l'artiste, qui les a vu fréquemment sur d'autres de ses travaux. 

C'est quelque chose qui arrive souvent avec ce genre d'œuvre. Pour eux, c'est le bon élément sur lequel se reposer.  Alors il vont s'approprier la sculpture, ça m'est arrivé pour beaucoup d’œuvres. C'est un public que j'aime.  Giuseppe Penone.

L'arbre s'intègre parfaitement à son espace d'exposition. L'œuvre, "modèle naturel", et la charpente, sa "synthèse géométrique", entrent "en résonance".  Penone décrit un lieu "intéressant et assez unique",  à la fois ouvert et intérieur, à la fois protecteur et offrant la sculpture à la vue de tous et toutes. 

Dénuement nécessaire

Giuseppe Penone est l'un des artistes associés à l'art pauvre, ou l'arte povera. Le terme est issu des critiques. L'artiste italien Michelangelo Pistoletto, entre autres, le reprend à son compte : c'est un terme qui n'évoque pas la misère, mais montre que la valeur peut naître du fondamental et du simple. Le principe initial est de "travailler avec des moyens qui n'était pas les moyens nobles de la sculpture", et ainsi inattendus. C'est un concept qui est très vaste et permet de rattacher beaucoup d'artistes.

Un petit dessin ou une grande installation peuvent avoir la même intensité, la même force. C'est quelque chose qui change du point de vue du marché, mais qui ne change pas du point de vue du contenu. Giuseppe Penone.

Le courant rejoint une évolution du marché de l'art observée depuis le début des années 2000, qui écarte quelque peu le spectaculaire. Penone salue ce changement, tout en expliquant que ses arbres sont une forme de spectaculaire. Cette caractéristique sert dans son travail toutefois à souligner des éléments presque évidents : "la nécessité, l'aspect vital".  

Indistinti confini-noce, Centre Pompidou-Metz, jusqu'au 11 janvier 2021.

Giuseppe Penone. Dessins, gravures et sculptures, au domaine de Chaumont sur Loire, jusqu'au 1er novembre 2020. 

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