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"Epicentro" a reçu le Grand Prix du jury du Festival Sundance 2020 dans la catégorie "Meilleur Documentaire"

Hubert Sauper, documentariste, filme Cuba, épicentre historique des jeux de pouvoir de l'Occident

17 min
À retrouver dans l'émission

Remarqué en 2005 pour son documentaire "Le Cauchemar de Darwin", le documentariste Huber Sauper sort le 19 août en salles "Epicentro", où il donne la parole aux enfants de La Havane, faisant ainsi l'écho d'un pays que la convoitise des puissances occidentales n'a cessé d'appauvrir.

"Epicentro" a reçu le Grand Prix du jury du Festival Sundance 2020 dans la catégorie "Meilleur Documentaire"
"Epicentro" a reçu le Grand Prix du jury du Festival Sundance 2020 dans la catégorie "Meilleur Documentaire" Crédits : Les Films du Losange

Récemment invité sur le plateau de l'émission 28 Minutes sur Arte, le réalisateur de documentaires autrichien, depuis longtemps résidant français, ne conteste pas qu'on le présente comme un obsessionnel de la soif de domination de l'homme blanc. C'est en effet les conséquences du néolibéralisme dans ses extrêmes les plus précis qu'Hubert Sauper met en lumière dans ses documentaires, révélant le prix humain d'une mondialisation menée par ses principaux et seuls réels bénéficiaires : les pays occidentaux. Avec Epicentro, Sauper se penche sur Cuba, île qui à ses yeux a vécu les trois plus grandes manifestations de l'impérialisme occidental : la traite des esclaves, pour laquelle La Havane était l'un des plus importants ports, la colonisation de Cuba par l'Espagne, et enfin, la mondialisation. Pour Sauper, ce dernier phénomène n'a pas été simplement importé à Cuba par les Etats-Unis : c'est en s'appropriant Cuba que l'empire américain a commencé à se construire. 

Un film sur les Etats-Unis

Hubert Sauper le précise : le film se passe à Cuba, mais n'est pas au sujet des cubains. Il concerne un empire "non avoué", les Etats-Unis. La moitié du film se concentre sur la naissance de ce dernier, qui remonte selon le cinéaste à 1898, date de l'explosion du bateau USS Maine dans la baie de Cuba. La guerre hispano-américaine débute alors, signifiant à la fois le départ des puissances européennes du Pacifique et des Caraïbes et le début d'une série de "guerres d’interventionnisme", dont, entre autres, celles du Vietnam, d'Irak et d'Afghanistan. Cette empire est une "métastase" des empires européens, et il subsiste jusqu'à aujourd'hui, notamment par le biais des neuf-cent bases étasuniennes implantées dans le monde.

Le cinéma : propagande et réalité

Pour débuter cette guerre, les Etats-Unis ont besoin de convaincre une opinion publique qui y est réticente. Pour cela, ils vont utiliser un outil bien spécifique : le cinéma.  Au moment où est créée la base de Guantánamo, les premières images animées apparaissent sur les écrans. Cette "technologie d'hypnose de masse" s'associe à la presse à scandale pour diffuser la propagande. 

Je suis là avec une caméra et je me pose des questions que je partage avec vous, avec le grand public, qui va au cinéma et qui vit du coup quelque chose de magnifique. Peut-être la dernière parole, quand on peut en parler, c'est que le cinéma est un voyage, une expérience. Hubert Sauper.

Hubert Sauper utilise donc le moyen dont il dénonce les mécanismes pour transmettre son propre message. Il affirme être une part de la "machine à propagande qui s'appelle Hollywood". Il ne produit ni des films, ni des documentaires, mais des "documentaires de création". Il s'assume cinéaste et non documentariste, et il "pose un regard", expose de son point de vue partial la réalité qu'il montre. 

Attirance et rejet

Epicentro expose donc la "psychologie collective d'un empire", auquel chacun et chacune d'entre nous, Occidentaux, appartenons. Mais plutôt que de l'expliquer d'après les mots de spécialistes érudits, Sauper choisit la voix des enfants.

A Cuba, la réflexion politique sur le monde est une culture beaucoup plus développée que dans d'autres sociétés. Et ce qui est magnifique, évidemment, c'est cette émancipation des enfants qui racontent vraiment ce qu'ils pensent, savent très bien qu'ils sont pauvres financièrement, ce qui ne les empêche pas de se sentir fiers. Hubert Sauper.

La conscience politique qui les caractérise est malgré tout emplie d'histoire officielle et de propagande, célébrant Fidel Castro. Toutefois, ils sont eux aussi attirés par les sirènes des Etats-Unis voisins, avec qui Cuba entretient un rapport ambivalent, ambigu, à la fois empreint d'amour et de haine. Rien ne l'expose mieux que cette petite fille, qui revendique la mise à bas de l'impérialisme tout en rêvant d'être Beyoncé. 

Epicentro, à partir du 19 août. 1h47.

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