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Paul Anderson et Adriana Paz dans "Tijuana Bible" de Jean-Charles Hue

Jean-Charles Hue, réalisateur du film "Tijuana Bible" : "Dans une ville aussi dangereuse, on ne nous laisse pas tourner autre chose que de la fiction"

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Jean-Charles Hue, cinéaste et plasticien, raconte le tournage particulier de son film "Tijuana Bible", plongée dans une Tijuana réaliste et mystique aux côtés d'un ex-GI et d'une femme à la recherche de son frère. Sortie en salle le 29 juillet.

Paul Anderson et Adriana Paz dans "Tijuana Bible" de Jean-Charles Hue
Paul Anderson et Adriana Paz dans "Tijuana Bible" de Jean-Charles Hue Crédits : Ad Vitam / Avalon

Dans la Zona Norte de la ville de Tijuana, au Mexique, Nick, un vétéran américain, est venu s'oublier dans la drogue après sa troisième mission en Iraq, au cours de laquelle son unité a sauté sur une mine. Seul rescapé, il abîme ce qui lui reste de vie dans la drogue et rencontre Anna, une jeune Mexicaine à la recherche de son frère, vétéran déporté hors des Etats-Unis. Chargé par les narcotrafiquants de la convaincre de quitter la ville, Nick, au contraire, s'attache à elle. Tijuana Bible, le nouveau film de Jean-Charles Hue en salles le 29 juillet 2020, nous embarque dans une ville frontalière, dangereuse, et refuge des âmes perdues, en fuite perpétuelle. 

Le rêve américain s'échappe à Tijuana

La première fois qu'il se rend à Tijuana, en 2007, Jean-Charles Hue est attiré par ce qu'il a lu au sujet de la ville : un lieu de grande liberté où, si l'argent ne règne pas, les artistes s'expriment avec ce qu'ils ont, comme ils le peuvent.

A Tijuana, on sent une création, une vibration toutes particulières. Pour moi, qui suis toujours à la recherche de choses à fuir, ou du moins de nouvelles communautés, de lieux où je pourrais me sentir plus chez moi, j'ai été attiré par cet endroit. J'ai été accueilli étrangement, mais rapidement, et par beaucoup de personnes différentes, ce qui m'a tout de suite plu. Jean-Charles Hue

Lors de ce séjour initiatique, le réalisateur rencontre un jeune vétéran américain dont le vécu lui inspirera le personnage de Nick pour Tijuana Bible. A travers cette rencontre, il découvre en Tijuana le point de chute, ou de fuite, d'individus venus échapper à leur destin. 

C'est une ville inventée pour les Américains il y a près de 150 ans, pour qu'ils puissent jouir de tout ce qui leur était alors défendu : l'alcool, le jeu, la prostitution. Depuis, beaucoup d'Américains fuient leur pays et atterrissent à Tijuana. Ils s'y déportent eux-mêmes : leurs moyens économiques, leur situation psychologique, font qu'ils n'arrivent justement plus à se sentir chez eux aux Etats-Unis. Jean-Charles Hu

Tijuana, entre westerns, fictions, et violence de gangs

Dans cette sombre réalité que Jean-Charles Hue a parcouru de long en large, il retrouve néanmoins des ersatz de mémoire cinéphile. Après tout, Tijuana, ville mexicaine à la frontière des Etats-Unis, se tient au cœur d'un contexte chargé d'histoires douloureusement réelles. 

Ma fascination vient aussi de souvenirs de cinéphile avant l'heure. Quand j'étais adolescent, je regardais beaucoup de westerns et notamment des westerns "crépusculaires" : ceux qui se passent à la frontière entre Etats-Unis et Mexique, où les héros finissaient toujours par passer cette frontière pour fuir quelque chose, généralement la loi américaine. Le Mexique était donc toujours dépeint comme un lieu de liberté pour les outlaws. Jean-Charles Hue

Si le décor de Tijuana inspire un imaginaire au cinéaste, cela a peut-être également valu bon pour ses conditions de tournage. Pour ramener sur nos écrans la réalité de cette ville, Hue et son équipe ont été contraints de prendre des risques, et ont vu la réalité dépasser la fiction. Ainsi, quelques mois après le tournage, deux des acteurs amateurs qui avaient été recrutés sur place pour le film ont été assassinés par balles par un des gangs de la Zona Norte. 

Ce qui est dangereux, c'est qu'on vous prenne pour un journaliste. Dès que ça a été le cas pour moi, on m'a menacé de mettre fin à mes jours. Dire qu'on tournait de la fiction, c'était moins dangereux. Jean-Charles Hue

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