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Ensemble, Julie Gayet et Judith Henry redonnent vie à l'entretien entre la journaliste Annick Cojean et l'avocate Gisèle Halimi, décédée le 28 juillet 2020

Judith Henry, comédienne, et Nina Bouraoui, écrivaine : "Gisèle Halimi a fait de nous des soeurs"

18 min
À retrouver dans l'émission

L'auteure Nina Bouraoui, tout comme l'avocate Gisèle Halimi, font partie des femmes à qui Annick Cojean et Le Monde on fait compléter cette phrase : "Je ne serais pas arrivée là si...". Le 31 juillet et le 1er août, la comédienne Judith Henry en fera une lecture sur scène, à Paris.

Ensemble, Julie Gayet et Judith Henry redonnent vie à l'entretien entre la journaliste Annick Cojean et l'avocate Gisèle Halimi, décédée le 28 juillet 2020
Ensemble, Julie Gayet et Judith Henry redonnent vie à l'entretien entre la journaliste Annick Cojean et l'avocate Gisèle Halimi, décédée le 28 juillet 2020 Crédits : Festival Paris l'été 2020

"Je ne serais pas arrivée là si..."
Ainsi commencent ces entretiens mené pour Le Monde par la journaliste Annick Cojean. Une première phrase et trois points de suspension pour ouvrir une fenêtre sur une vie. 25 de ces entretiens ont été menés avec des femmes (parmi lesquelles, Gisèle Halimi et Nina Bouraoui) et ont été publiés sous forme de livre en 2018 aux éditions Grasset avec Le Monde. La comédienne Judith Henry en a choisi six, et les interprétera sur scène aux côtés de Julie Gayet, le 31 juillet et le 1er août au lycée Jacques Decours, dans le cadre du festival Paris l'été 2020. 

Portraits de combattantes

Amélie Nothomb, Christiane Taubira, Virginie Despentes, Françoise Héritier, Nina Bouraoui et Gisèle Halimi... Telles sont les femmes qui se sont entretenues avec Annick Cojean au sujet de leurs parcours individuels, hors normes, cabossés, intimes et toujours conquérants. Ces entretiens, les actrices Julie Gayet et Judith Henry leur ont redonné vie dès février 2020, en amenant leur interprétation, où elles jouent à tour de rôle intervieweuse et interviewée, au festival Paroles citoyennes. 

Dès lors, l'entretien qui ouvrait la pièce était celui de l'avocate Gisèle Halimi, figure majeure des combats féministes, décédée le mardi 28 juillet 2020.

Gisèle Halimi prône la sororité. Elle a été engagée tout sa vie pour défendre la cause des femmes. Elle a commencé beaucoup des combats d'aujourd'hui. Commencer un spectacle avec une personnalité comme elle, c'était une évidence. Judith Henry

"J'attends toujours la révolution des mentalités et je dis aux femmes trois choses. Votre indépendance économique est la clef de votre libération. Ne laissez rien passer dans les gestes, le langage, les situations qui attentent à votre dignité. Ne vous résignez jamais". Un exemple parmi d'autres des mots que l'avocate a laissé en héritage lors de cet entretien, dont un extrait a été lu par Judith Henry au micro des Matins d'été,  à réécouter sur France Culture. 

Parmi ces six entretiens figure également celui de l'auteure Nina Bouraoui (Mes mauvaises pensées, Tous les hommes désirent naturellement savoir, Otages), où elle revient sur son enfance en Algérie, son homosexualité, le sentiment honteux de la différence, la liberté enfin trouvée. Une vie axée sur une quête d'indépendance qui fait écho au parcours et aux combats de Gisèle Halimi

On préfère honorer sa vie : elle est et sera toujours vivante, car le combat n'est absolument pas fini. Gisèle Halimi nous a appris à nous réapproprier notre corps. J'ai grandi en Algérie, elle en Tunisie, elle a dénoncé la torture pendant la guerre d'Algérie. Nous devons honorer sa mémoire en tant que femmes : être des sœurs et non pas des adversaires. J'attends, comme elle, cette grande révolution féminine, que tous descendent dans la rue lorsqu'une femme est attaquée, insultée, violée, agressée. Nina Bouraoui

A l'origine du projet, la journaliste Annick Cojean elle-même était aux côtés de Judith Henry sur scène, lors d'un festival culturel à Pontivy, pour lire les entretiens qu'elle avait menés pour Le Monde, en reprenant son rôle d'intervieweuse. Ce sont les réactions enthousiastes du public et sa curiosité attisée par la force des témoignages de ces femmes tout aussi fortes qui ont donné à ce projet une raison d'être et de se développer. 

Annick Cojean s'intéresse à un point extrême aux réponses que lui donnent ces femmes. Elle pose des questions que nous nous posons toutes et tous et qui nous ouvrent ainsi des portes pour avancer. Après nos lectures, les personnes qui nous avaient écoutées étaient avaient beaucoup de questions, étaient extrêmement heureuses d'avoir entendu ces paroles de femmes. Car ce sont des femmes fortes, qui se sont battues et qui continuent à se bagarrer. Judith Henry

Dans le spectacle qui sera joué au lycée Jacques Decours vendredi 31 juillet et samedi 1er août, c'est l'actrice Julie Gayet qui lira les réponses que Nina Bouraoui avait données à Annick Cojean, en 2018. Pour l'auteure, la réponse est claire et rapide : "Je ne serais pas arrivée là si... Je n'avais pas grandi en Algérie.  J'y ai appris la terre, les hommes, les femmes, la résistance, le courage, la liberté, notamment celle d'être une petite fille différente. J'y ai appris aussi la sensualité et toute la gamme des émotions, la joie et la félicité également, la peur et même l'angoisse. J'ai commencé à dessiner et à écrire en Algérie. C'est mon terreau, tout est là."

Des extraits des entretiens de Gisèle Halimi et Nina Bouraoui lus par Judith Henry sont à réécouter dans l'émission des Matins d'été du 29 juillet 2020. Ces lectures d'entretiens "Je ne serais pas arrivée là si..." auront lieu sur scène, avec Judith Henry et Julie Gayet, au lycée Jacques Decours, à Paris, le 31 juillet et le 1er août 2020. 

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