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Jean-François Laguionie, le 11 juin 2019, au Festival International du Film d’Animation d’Annecy, qui a honoré le cinéaste d'un Cristal d'honneur.

Laguionie en été

23 min

Le Festival La Rochelle Cinéma rend hommage à Jean-François Laguionie, grande figure du cinéma d’animation, et diffuse en avant-première son dernier long métrage, "Le voyage du Prince".

Jean-François Laguionie, le 11 juin 2019, au Festival International du Film d’Animation d’Annecy, qui a honoré le cinéaste d'un Cristal d'honneur.
Jean-François Laguionie, le 11 juin 2019, au Festival International du Film d’Animation d’Annecy, qui a honoré le cinéaste d'un Cristal d'honneur. Crédits : JEAN-PIERRE CLATOT / AFP - AFP

Jean-François Laguionie est l’un des pères de l’animation à la française. Après avoir été honoré au Festival international du film d’animation d’Annecy en juin 2019, le réalisateur du si poétique et si contemplatif Louise en hiver (2016), est l’invité vedette de la 47e édition du Festival La Rochelle Cinéma, qui se tient jusqu’au 7 juillet 2019. 

L’ensemble de la filmographie de Jean-François Laguionie, de ses premiers courts-métrages à son dernier long-métrage, est présentée pendant tout le festival et une exposition est à découvrir durant tout l’été à la Médiathèque de La Rochelle, à l’occasion de la restauration de son film « Gwen, le livre de sable ». Son nouveau long métrage, « Le Voyage du prince », co-réalisé avec Xavier Picard, sera projeté en avant-première ce samedi 7 juillet, avant une sortie en salle annoncée pour le 4 décembre 2019.

C’est une forme de fable, de petit conte comme j’en écris toujours avant de faire mes films. Je ne peux pas dire qu’il y ait une inspiration très politique ou philosophique. Je me laisse plutôt aller vers des rêves de voyages. Il y a toujours des rêves de voyages dans mes films. Celui-ci est quand-même un petit peu inspiré par certains drames de la migration. Le film commence sur ce malheureux prince à moitié noyé et échoué sur une plage d’un rivage inconnu. Jean-François Laguionie

Le film s’inscrit dans la continuité de l’un de ses films précédents, Le Château des singes (1998), histoire d’un jeune singe qui décide de quitter son monde, une luxuriante canopée, pour découvrir le mystérieux « monde d’en bas », un monde qui ressemble beaucoup au nôtre.

Slocum, un nouveau projet de long-métrage

Jean-François Laguionie travaille déjà sur un prochain long métrage qui devrait sortir en 2020 : Slocum (JPL Films), deuxième chapitre d’un diptyque commencé avec Louise en hiver, son versant maternel. Dans Slocum, c’est cette fois son père qui sera évoqué. On quitte les côtes normandes pour les bords de Marnes, mais la toile de fond reste celle des souvenirs d’enfance du réalisateur, le personnage principal étant prénommé François. 

J’ai essayé de faire un parallèle entre deux voyages : le voyage de Slocum qui est le grand navigateur qui a fait le premier tour du monde à la voile en solitaire en 1895, et le voyage immobile de mon papa qui a construit un bateau dans son jardin, un bateau qu’il n’a jamais terminé. C’est un voyage que j’ai vécu de près. (…) Je vais y mettre toute ma passion et mes rêves de liberté. Jean-François Laguionie

La bibliothèque de la maison n’était constituée que de récits de voyages. C’était ma lecture favorite. Il est probable que j’en suis ressorti complètement baigné d’eau salée. Jean-François Laguionie

L'héritage de Paul Grimault

L’aquarelle, la gouache, la craie, l’encre, le sable… Paul Grimault, figure tutélaire de Jean-François Laguionie, utilisait différentes sortes de matières dans son travail.

J’ajouterai la musique. Le film d’animation est un moyen d’expression absolument extraordinaire car il arrive à réunir des tas de choses qu’on aurait voulu faire pleinement séparément et qu’on n’aurait peut-être pas osé faire. Entre l’écriture, le mime, la musique, la peinture et puis le cinéma qui réunit le tout. On fait avant tout du cinéma, mais avec tout un tas d’ingrédients. Jean-François Laguionie

L’évolution des techniques du cinéma d'animation

J’ai essayé plusieurs techniques, mais je ne passe pas si aisément de l’une à l’autre. J’ai eu quelques problèmes avec la 3D [utilisée pour la première fois dans son film « Le Tableau »] qui est une animation avec assistance ordinateur, mais je travaille avec des gens qui sont bien plus forts que moi et qui m’aident à raconter mes histoires. Jean-François Laguionie

La 3D était une technique que je n’aimais pas du tout d’abord, puis j’ai appris à la connaître car elle permet des finesses d’animation qu’on n’avait pas avec les techniques traditionnelles et qui permet de travailler avec l’animateur – le comédien du film – comme avec un véritable comédien. Jean-François Laguionie

La place des souvenirs d’enfance

Les souvenirs m’aident à trouver davantage de liberté maintenant que je suis un vieux bonhomme que quand j’étais jeune. J’en profite pour aller chercher dans ces souvenirs d’enfance les choses que j’aurais pu faire et que je n’ai peut-être pas osé faire. Jean-François Laguionie

J’étais un enfant très solitaire et je pouvais passer une journée entière tout seul, assis dans le sable, à regarder les petites vagues qui viennent mourir sur le sable. C’est quelque chose que j’ai bien aimé raconter dans "Louise en hiver". Jean-François Laguionie

La place du narrateur

Dans ses films, Jean-François Laguionie fait appel à des comédiens qui prêtent leur voix aux personnages (Dominique Frot dans Louise en hiver). 

Le comédien, quand j’ai un narrateur dans mes films, m’aide beaucoup à trouver ce que je ne peux pas trouver tout seul. Il apporte quelque chose en plus, comme Enrico Di Giovanni dans "Le Voyage du prince", qui fera la voix du personnage principal. Jean-François Laguionie

Souvent j’ai envie de redessiner mes personnages une fois que j’ai rencontré le comédien qui va porter leur voix. C’est ce qui s’est passé avec Louise, je l’ai rendue un petit peu plus grosse, un peu plus ferme, un petit peu plus lourde, avec un caractère de cochon bien ancré. Jean-François Laguionie

La défense de la production française

Les japonais nous ont quand même beaucoup aidé à changer l’opinion du public vis-à-vis du film d’animation. Le public considérait encore un peu trop que c’était du cinéma pour enfant. (…) On sent une proximité entre le cinéma français et le cinéma japonais. La France est quand même un moteur, grâce à tout un système d’aide et de subventions de la culture, qu’on semble regretter en ce moment dans certains secteurs. Ce serait vraiment dramatique si on n’avait plus cet appui. Jean-François Laguionie

En passant au long métrage au début des années 1980, Jean-François Laguionie découvre le travail en équipe.

De toute façon j’avais envie de faire du cinéma avec tous les aspects du collectif. J’ai travaillé trop longtemps tout seul et mon premier long métrage a été une aventure extraordinaire. Sur "Gwen. Le livre de sable", on n’était pas nombreux, on était six au départ et on a fini à 10 quatre ans plus tard. C’était dingue. Ensuite j’ai fait des films où on était 300. Mais cette première aventure m’a permis aussi de me libérer du dessin en confiant la peinture des décors à des grands décorateurs, et de me consacrer à ce qui est pour moi l’essentiel du travail : la mise en scène, le récit. Jean-François Laguionie

La prise de vues réelles

Au début des années 1970, Jean-François Laguionie s'essaie au cinéma en prises de vues réelles avec Plage privée (1971) et Hélène et le malentendu (1972).

Les cinéastes d’animation rêvent toujours de faire du cinéma en prise de vue réelle car ils pensant que ça va plus vite. Ce qui n’est pas souvent le cas. J’ai fait des tentatives plutôt maladroites dans ce domaine et je suis revenu à ce que je maîtrise quand même le mieux. Jean-François Laguionie

Mon cinéma ce sont de petites histoires, ce n’est rien de plus. C’est 90% du film. Le fait de maîtriser le dessin ça me permet d’atteindre l’essentiel, c’est-à-dire le cœur du film. Jean-François Laguionie

La question du public 

Jean-François Laguionie ne s’adresse à aucun public en particulier. 

Ça c’est le problème de la distribution. Les distributeurs se demandent quelle va être la cible de son travail. Moi ce n’est pas du tout mon problème. Mes histoires s’adressent à tout le monde. (… ) Et puis des histoires qui paraissent plus ingénues, maintenant sont tout à fait acceptées par le public adulte. Jean-François Laguionie

Archives 

  • Extrait du film « Le Voyage du prince » de Jean-François Laguionie et Xavier Picard (sortie prévue en décembre 2019).
  • Extrait du film « Louise en hiver » de Jean-François Laguionie (2016).
  • Interview de Paul Grimault : cette visite chez Paul Grimault nous conduit dans l'atelier du réalisateur situé dans la rue Bobillot. C'est le dessin et le cinéma et la rencontre avec Pierre Prévert en 1936 qui ont orienté Paul GRIMAULT vers le dessin animé (RTF, 11 janvier 1956)
  • Extrait du court-métrage « La Demoiselle et le violoncelliste » de Jean-François Laguionie (1965).
Intervenants

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