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Côme Martin-Karl et Emmanuelle Bayamack-Tam

Les marginaux au royaume de la littérature

19 min
À retrouver dans l'émission

Dans leurs derniers romans, ils dépeignent des microcosmes opposés : celui des réprouvés déchus, et celui des trolls réactionnaires. Aujourd'hui, Emmanuelle Bayamack-Tam et Côme Martin-Karl sont nos invités.

Côme Martin-Karl et Emmanuelle Bayamack-Tam
Côme Martin-Karl et Emmanuelle Bayamack-Tam Crédits : FRANCESCA MANTOVANI/GALLIMARD et JOEL SAGET / AFP - AFP

Ce matin, nous recevons deux auteurs, Emmanuelle Bayamack-Tam pour son troisième roman qu’elle signe sous le nom de Rebecca Lighieri. Il est des hommes qui se perdront toujours (édité chez P.O.L), c’est une plongée dans les quartiers nord de Marseille, où l’on rencontre des personnages hors normes, qui empruntent les chemins de traverse pour sortir des assignations. Côme Martin-Karl publie lui aussi son troisième roman La réaction aux éditions Gallimard. Il nous emmène dans le Paris décadent des réactionnaires, peuplés de marginaux bien nés. Deux romans pas tendres sur l’époque, dans lesquels s'entrecroisent des destins divergents. La littérature est-elle le royaume des marginaux ?

L'autrice Emmanuelle Bayamack-Tam explique son choix d'avoir signé son roman d'un autre nom : 

Rebecca Lighieri est un pseudonyme que j'ai pris il y a quelques années, parce que je voulais m'aventurer sur des territoires romanesques différents et que je n'osais pas le faire. Le fait de prendre un pseudonyme m'a complètement désinhibée. Depuis, j'ai, pour schématiser, cette double casquette : Lighieri pour le roman noir, et Bayamack-Tam pour des choses peut-être plus poétiques, comiques, satiriques. Moi, je m'y retrouve, mais je suis peut-être la seule. Emmanuelle Bayamack-Tam

De l'autre côté, La réaction de Côme Martin-Karl se retrouve aux antipodes d'Il est des hommes qui se perdront toujours, en mettant en scène un narrateur réactionnaire, qui "évolue dans une France où il y a beaucoup moins de surmoi" de la société. 

[Le narrateur] évolue dans un monde où tout a sauté, où on peut éditer des recettes qui s'appellent "Ku Klux Flan", ou ressortir des recettes de "trottoir sénégalais" etc. Je pense qu'on est pas très loin de ce monde-là, en réalité. Côme Martin-Karl

L'auteur a donc peint une assemblée de trolls réactionnaires, dont la présence se fait particulièrement sentir sur les réseaux sociaux : "[J'ai voulu] dépeindre ce qui m'effraie aujourd'hui. C'est un texte satirique, poussé jusqu'à la caricature, mais en relisant ces lignes j'ai presque l'impression que c'est réel. [...] Et j'adore me plonger dans des univers sociaux, dans des microcosmes. Et le microcosme militant est très excitant, très drôle et intéressant."

Emmanuelle Bayamack-Tam donne vie à un autre microcosme dans son troisième roman, celui des quartiers Nord de Marseille et de ses habitants marginalisés, dans les années 1990.

Mon personnel romanesque, je le recrute toujours du côté des laissés pour compte. Ça ne date pas de ce livre là. J'ai des personnages de taulards, de transsexuels, d'octogénaires... Des réprouvés, des dominés, des gens qui, souvent, des petites vies obscures. Il me semble que c'est dans ces marges qu'on a rien à gagner en adoptant le point de vue des privilégiés et des dominants. Le fait d'avoir des misérables comme personnages permet de questionner, de mettre à mal des normes qui nous font souffrir. Emmanuelle Bayamack-Tam

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