LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Présidence du CNC : quel financement pour le cinéma français ?

22 min
À retrouver dans l'émission

Suite à la nomination de Dominique Boutonnat à la présidence du CNC, Joëlle Farchy, professeure à l'Université Paris I spécialiste de l'économie du cinéma et le producteur Charles Gillibert sont les invités de Benoit Bouscarel.

Crédits : Getty

Dominique Boutonnat a été nommé président du CNC pour succéder à Frédérique Bredin. De toutes les récentes nominations aux postes les plus importants des institutions culturelles françaises, celle-ci a peut-être été la plus commentée et la plus décriée.

Bien avant la semaine dernière, de nombreux professionnels du cinéma  se sont émus de ce que l’auteur, précisément, du “rapport Boutonnat” puisse être choisi pour présider aux destinées du Centre National du Cinéma et de l’Image Animée. 

“Dérive clientéliste”, ont pointé certains puisque Dominique Boutonnat a participé à la campagne d’Emmanuel Macron. “Dérive mercantile”, ont dénoncé d’autres, en raison de la volonté affichée, par le futur président du CNC, de renforcer les investissements privés. Reste que, pour la première fois, c’est un membre de l’écosystème cinématographique français qui est nommé à la présidence du CNC et pas un haut fonctionnaire.

Pour évoquer les enjeux de cette nomination, et plus largement, le débat actuel autour du financement du cinéma : Joëlle Farchy, professeure de sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne et le producteur Charles Gillibert de CG Cinéma.

La nouveauté du rapport Boutonnat c’est que lorsqu’il parle de financements privés ce sont des opérateurs privés non contraints. L’objectif du rapport est très clair, il dit « Est-ce qu’on peut attirer dans le secteur du cinéma, qui est réputé pour être risqué et pas transparent, des financeurs classiques qui auraient besoin d’un retour sur investissement ? ». Donc on ne peut pas reprocher à ce rapport de parler de rentabilité puisque ce qu’il veut, c’est attirer des financeurs qui n’ont aucun rapport avec le secteur, qui n’ont pas de contraintes dans le secteur et dire : « On va vous montrer que ce secteur peut vous intéresser aussi ».        
Joëlle Farchy

Le diagnostic du rapport est bon. C’est ce qu’on vit au quotidien. Et ce n’est pas un hasard si ce sont les auteurs qui sont montés au créneau en premier. Ils sentent bien qu’il y a moins d’argent pour faire les films. Le risque c’est de voir un certain cinéma d’auteur singulier se marginaliser et entrer dans un cycle assez sombre. Je n’ai pas vécu la nomination de Dominique Boutonnat comme une agression parce que j’ai l’impression que son rapport qui avait pour but de poser une réflexion sur l’investissement privé dans le cinéma n’était pas un discours de politique générale sur le cinéma alors que c’est comme ça qu’il a été présenté. Et je pense qu’il est réellement nécessaire aujourd’hui d’avancer, de prendre des décisions, de faire bouger des choses parce qu’on a eu un petit retard au démarrage [en France] face à l’évolution de l’environnement et à l’évolution des pratiques des gens qui vont au cinéma et qui regardent des films. L’industrie ne s’est pas beaucoup remise en question.        
Charles Gillibert

Ce rapport n’est pas un rapport de politique générale sur le cinéma. Il vise un axe particulier qui est le volet industriel. Ce qui va être important maintenant c’est comment on va articuler cette politique industrielle avec une politique culturelle. Les investisseurs privés - s’ils viennent - ne viendront que sur des productions rentables, c’est tout à fait légitime. Ça peut faire peur mais il faut voir comment c’est articulé avec une politique culturelle.        
Joëlle Farchy

Les films rentables ne sont pas toujours ceux qu’on pense. Je pense aux auteurs qui semblent faire un cinéma d’auteur qui ne fait pas toujours des chiffres phénoménaux en France mais qui se vend extrêmement bien à l’étranger. Que ce soit en sortie nationale ou internationale, il y a de moins en moins de films qui marchent bien. Les mandataires ont de plus en plus de mal à prendre des risques et ça devient très difficile de trouver des minimums garantis conséquents qui permettent de monter ces films à l’étranger ou en France. En ce qui me concerne, l’accès à des fonds privés m’a permis de récolter de l’argent qui me semblait être la véritable valeur des films et donc de les monter correctement. De trouver une grammaire commune entre la finance et le cinéma qui permette de capter ces fonds pour pallier à la frilosité ambiante des mandataires et des investisseurs habituels, ça m’a permis de financer des auteurs qui sont considérés comme des auteurs fragiles.  
Charles Gillibert

Intervenants
  • professeure à Paris 1, chercheure au Centre d’Economie de la Sorbonne et directrice de l'école des médias et du numérique de la Sorbonne
  • Producteur de cinéma
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......