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Stanislas Nordey et Roselyne Bachelot à l'occasion de l'inauguration de La traversée de l'été, le 10 juillet.

Stanislas Nordey, directeur du Théâtre National de Strasbourg : "Je pense que nos théâtres doivent être des lieux engagés."

19 min
À retrouver dans l'émission

Le directeur du Théâtre National de Strasbourg propose une programmation artistique tout l'été à Strasbourg dans le cadre des "vacances apprenantes" souhaitées par le gouvernement. Il est l'invité de Chloé Cambreling à l'occasion de cette "Traversée de l'été" du 10 juillet au 12 septembre.

Stanislas Nordey et Roselyne Bachelot à l'occasion de l'inauguration de La traversée de l'été, le 10 juillet.
Stanislas Nordey et Roselyne Bachelot à l'occasion de l'inauguration de La traversée de l'été, le 10 juillet. Crédits : PATRICK HERTZOG / AFP - AFP

Degré supérieur de déconfinement

Avec le déconfinement, une priorité s'est imposée au Théâtre National de Strasbourg : remettre les techniciens et les artistes au travail tout en faisant revenir le public. En somme, recréer une rencontre entre ces derniers.

Ateliers et résidences d'écriture; répétitions; représentations dans les espaces publics, dans les hôpitaux, dans les EHPAD ou encore les centres de loisirs avec les "Brigades contemporaines"... La programmation est large, incluant des textes contemporains comme classiques, adressée à "tous les publics", et jouée essentiellement par de jeunes acteurs. Ce fût un défi ! Nordey décrit une programmation "extrêmement exigeante" et "sur-mesure", en fonction des lieux et des publics.

A mi-parcours, c'est plutôt une belle aventure et un beau succès puisque les artistes, évidemment, sont ravis de se remettre au travail et puis pour les publics, c'est une ouverture qui, on l'espère, préfigure la reprise qu'il y aura à l'automne. Stanislas Nordey.

L'objectif était à la fois de répondre le plus vite possible à un "besoin" exprimé par le public, mais aussi de sortir "encore plus" des cadres et de casser l'image d'une institution "confinée" entre ses murs en l'en faisant sortir, notamment dans les rues. Les jeunes sont visés et présents. Nordey met aussi en place ce programme suivant sa conviction personnelle : un théâtre doit rester ouvert l'été, surtout pour ceux et celles qui ne partent pas en vacances, tout en espérant qu'ils et elles continueront ensuite à le fréquenter. 

Une saison sous le signe du risque

La programmation de la saison prochaine du TNS est incontestablement engagée. Les textes, souvent politiques, contemporains et relatifs à l'actualité complètent la forte présence des femmes, notamment des autrices, afin de pallier aux manques du théâtre classique. Plus de la moitié des acteurs et des actrices sont de plus "issus de la diversité", "sans volontarisme", mais en raison de l'aboutissement de programmes de long terme, et particulièrement du programme 1er Acte du TNS. Sans de pareilles décisions, qui adaptent le théâtre à son temps, il est menacé. 

Il faut rester extrêmement mobilisés. Il ne faut jamais oublier que la culture c'est un endroit qui a l'air comme ça extrêmement solide mais qui peut s'écrouler comme un château de cartes si l'on n'est pas "au taquet", si l'on n'est pas vigilant à ce qu'il puisse continuer à vivre et à vivre fort. Stanislas Nordey.

Tous ces choix sont des "risques". Le TNS a aussi décidé de permettre à plusieurs spectacles qui n'auraient pas pu être donné en raison de l'épidémie de la Covid-19 d'être montés en ses murs, ou encore  de sélectionner des spectacles sans les voir, pour permettre aux artistes de travailler malgré cette période compliquée. 

Inquiétudes pour l'automne

Si cette programmation estivale est un succès, Nordey se déclare "extrêmement inquiet" au sujet de la saison qui débutera à la rentrée. Il apprécie le soutien "immédiat, rapide et juste" du gouvernement mais déplore un manque de clarté sur les conditions du retour dans les salles de spectacle. Si cette lacune s'explique selon lui par l'absence de certitudes du gouvernement lui-même, sans ces informations, le public ne sera pas de retour.

Le public a besoin de savoir comment il va venir dans les lieux pour décider si il va y venir. La grande différence avec l'école, avec le travail, c'est que les spectateurs qui vont dans les lieux culturels décident si ils vont venir ou ne pas venir. Stanislas Nordey.

Au delà des informations, le metteur en scène et acteur espère que la nouvelle ministre Roselyne Bachelot parviendra à obtenir pour le secteur culturel les mêmes aides que pour les autres domaines, à l'instar de l'industrie ou du commerce. Les recettes du théâtre risquent de diminuer, en raison de la réticence des publics à revenir dans les salles ou de la diminution du nombre de sièges, mais ce n'est pas le seul élément qui doit être mis en lumière. La plupart des acteurs culturels vivent "déjà dans une forme de précarité", et les jeunes étudiants qui viennent d'achever leurs études se trouvent également dans une position de grande fragilité. Il est donc essentiel de les soutenir, avant tout en donnant de la visibilité à ces problématiques.

La  priorité absolue de Stanislas Nordey est donc claire et définitive : ne pas abandonner les personnels. 

"La traversée de l'été", Strasbourg, jusqu'au 12 septembre.

Intervenants
  • Comédien et metteur en scène français, directeur du Théâtre National de Strasbourg (TNS)

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