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Le peintre Vincent Bioulès en juin 2006, devant sa toile intitulée "le Canigou", lors de l'inauguration d'une exposition qui lui était consacrée au musée d'art moderne de Céret.

Vincent Bioulès, de l’abstraction à la liberté

23 min
À retrouver dans l'émission

Olivia Gesbert reçoit le peintre Vincent Bioulès, auquel le Musée Fabre de Montpellier consacre une très belle rétrospective.

Le peintre Vincent Bioulès en juin 2006, devant sa toile intitulée "le Canigou", lors de l'inauguration d'une exposition qui lui était consacrée au musée d'art moderne de Céret.
Le peintre Vincent Bioulès en juin 2006, devant sa toile intitulée "le Canigou", lors de l'inauguration d'une exposition qui lui était consacrée au musée d'art moderne de Céret. Crédits : RAYMOND ROIG / AFP - AFP

En voilà un qui a la création heureuse.... « La recherche du style, c’est la maîtrise de la jouissance », dit-il. Entre « joie fondatrice » et « gai savoir », Vincent Bioulès est peintre et paysagiste, co-fondateur du mouvement Supports/Surfaces dans les années 1970, avant de prendre le large de l’abstraction pour retourner à la figuration. 

Jusqu’au 6 octobre, le musée Fabre de Montpellier consacre au peintre montpelliérain une belle et grande rétrospective en partenariat avec France Musique, intitulée « Vincent Bioulès - Chemins de traverse ». Où il montre ses paysages, des nus et des portraits, jusqu’à ses premières abstractions. 

LA COHÉRENCE ET LA CONSTANCE DE SON OEUVRE

Je place cette cohérence dans le fait d’avoir aimé, tout au début de ma vie de peintre, les peintres primitifs italiens, que j’ai considérés après, au moment où j’ai fait de la peinture non figurative, comme les pères fondateurs mystérieux de la peinture abstraite. Quand on regarde Piero della Francesca ou Frangelico, on est loin de l’impressionnisme. Donc quand j’ai fait de la peinture abstraite, je n’étais pas en rupture  avec ce que j’avais aimé enfant et adolescent. Et ensuite, lorsque la peinture abstraite m’est apparue comme insuffisante pour exprimer ce que j’avais envie de dire, elle m’avait tout de même profondément structuré. C’est pour ça que j’ai pu ensuite peindre des paysages et des intérieurs, des personnages, avec une influence de la peinture abstraite, grâce au goût de la composition et de l’organisation de la surface. Vincent Bioulès

NE JAMAIS S’ENFERMER DANS UN MOULE

On est déplacé par la peinture, parce que quand on commence, tout d’un coup, on a envie de faire un tableau. On a une petite idée. Je sais qu’on ne fait pas des tableaux avec des idées, mais avec des émotions et des sentiments. Mais il y a quand même aussi des idées, qui obligent à penser nos tableaux. Au fur et à mesure que nous avançons dans la réalisation du tableau, ce tableau nous déplace et nous fait découvrir des choses que nous ne connaissions pas. Et il y a une sorte de maïeutique dans le travail de la peinture qui met à nu des zones de nous-même dont nous ignorions l’existence. Et on est obligé de faire autre chose. Vincent Bioulès

J’ai une vieille voiture, qui serait interdite à Paris, qui est une voiture-atelier : je me balade, je regarde les paysages et soudain j’ai très envie de peindre. Il y a quelque chose dans la lumière, dans les formes que je perçois. Alors je m’installe et à peine ai-je commencé à dessiner et à peindre, que je ne voies plus rien. C’est-à-dire que ce qui m’avait subjugué tout d’un coup à disparu et je me trouve confronté avec quelque chose de très mystérieux, qui est tout simplement ce qui est devant nous, qu’on appelle le réel. (…) Ce n’est que par l’exercice du dessin et de la peinture que nous pouvons le conquérir à nouveau et tout d’un coup découvrir ce qu’il est en fait, ce qu’il est réellement. Ce qu’il est réellement c’est un tableau. C’est ce que j’appelle une figure syntaxique, qui est comme le langage. Vincent Bioulès

DE LE MUSIQUE A LA COULEUR

_J’aime les couleurs comme j’aime les instruments de musique. Si j’avais écrit de la musique, sûrement j’aurais écrit des quatuors à cordes, mais j’aurais aimé écrire de grandes pièces symphoniques, très très colorées, parce que je suis passionné par les sons des instruments, et je collectionne les couleurs comme si je collectionnais les sons._Vincent Bioulès

LA DÉCOUVERTE DE LA LIBERTÉ

Le moment où j’ai été le plus heureux pour peindre, je pense que c’est quand j’ai quitté Paris en 1964. J’ai eu un moment très difficile entre 1964 et 1965, où j’étais influencé par des peintres comme Fautrier, des peintres un peu sombres et dramatiques, mais qui ne collaient pas à moi-même, que j’aimais formellement mais avec lesquels je n’avais pas de complicité réelle. Tout d’un coup j’ai peint spontanément un arbre en fleur que j’apercevais par la fenêtre de mon atelier de l’époque, et je me suis senti totalement libéré, et je suis entré dans une période de grande euphorie picturale de 1966 à 1968-1970. C’était une époque où nous ne vendions pas nos tableaux, et où nous n’avions absolument pas l’idée de devenir des peintres reconnus, célèbres, qui fassent partie de l’histoire, on se moquait de tout ça. Il y avait une sorte de grande liberté intérieure et physique. Vincent Bioulès

PERCER LE MYSTÈRE DU MONDE

J’ai toujours considéré que l’émotion était la voie royale de la connaissance, ce n’est pas l’intellect. Après il faut que l’intellect intervienne bien évidemment, il ne faut en rester simplement à la pulsion, mais si l’instinct n’est pas au poste de commandement, ça peut nous conduire à l’académisme. Vincent Bioulès

J’aime beaucoup travailler avec une obligation, avec la nécessité de rendre quelque chose au bout d’un certain temps, d’avoir un espace de travail très précis. Et je crois que les grandes œuvres des hommes ont toujours été des œuvres commandées. 

L’IMPORTANCE DE LA LUMIÈRE

Il se peut que la lumière que nous percevons et qui nous enchante soit le témoignage d’une lumière fondatrice beaucoup plus secrète et peut-être qui appartient à un monde que nous ne connaissons pas. Comme si la lumière de la vie quotidienne n’était autre que le reflet d’une lumière éternelle. On ne peut pas imaginer de faire de la peinture sans lumière. Vincent Bioulès

LE MIRACLE DE LA NATURE ET DU MONDE

La foi, c’est simplement avoir confiance. Je pense que cette confiance que nous éprouvons face à la nature et face au monde, c’est tout simplement reconnaître que tout ça c’est fabriqué par de l’amour. Je sais très bien que l’arc-en-ciel est un phénomène optique, mais c’est aussi un miracle ! Je ne vois pas pourquoi des choses qui sont matérielles ne seraient pas miraculeuses. Vincent Bioulès

Le monde que j’ai profondément aimé est un monde en voie de disparition. Vincent Bioulès

ARCHIVES

  • ITV d’Henri Matisse, sur sa peinture et la période de la « curée », la plus heureuse… Matisse a été le guide de Vincent Bioulès au moment de son retour à la figuration, (01/01/1953).
  • ITV de Camille Descossy, sur sa méthode de travail. Il été le professeur de Vincent Bioulès aux Beaux-Arts de Montpellier (02/06/1980).
  • ITV de Simon Hantaï, sur l’importance de la lumière (04 juin 1981).
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