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Un enfant devant une cabine en bois, au camp de migrants et de réfugiés de Grande-Synthe, dans le Nord de la France, le 4 octobre, 2016.

Mineurs étrangers : le parcours du combattant

21 min
À retrouver dans l'émission

Lisa Carayon, maîtresse de conférence en droit à l’Université Paris-13, membre du laboratoire IRIS, et Lyes Louffok, membre du conseil national de la protection de l’enfance, autrice de "Dans l’enfer des foyers" (éditions Flammarion) sont les invitées de Benoît Bouscarel.

Un enfant devant une cabine en bois, au camp de migrants et de réfugiés de Grande-Synthe, dans le Nord de la France, le 4 octobre, 2016.
Un enfant devant une cabine en bois, au camp de migrants et de réfugiés de Grande-Synthe, dans le Nord de la France, le 4 octobre, 2016. Crédits : PHILIPPE HUGUEN - AFP

La pression ne retombe pas sur les élus de terrain et notamment dans les conseils départementaux à travers la France, confrontés au défi de l’accueil des Mineurs Non Accompagnés. Cette terminologie administrative désigne le cas, bien souvent, de migrants, jeunes ou très jeunes, isolés, arrivés en France depuis l’Afrique sub-saharienne ou l’Europe de l’Est. Leur nombre croît - et “l’été d’autant plus que les arrivées de migrants sont plus importantes” - alors même que les moyens mobilisés en face ont du mal à suivre.

Dominique Bussereau (président de l’association des départements de France) donnait un chiffre parlant, avant-hier, dans une interview au FIGARO : "Nous sommes passés de 264 mineurs non accompagnés en 1999, expliquait-il, à 40 000 à la fin de l’année 2018". Dans le département de l’Allier (autre exemple donné par le FIGARO), il y a eu autant d’arrivées au cours du premier trimestre 2019 que sur l’ensemble de l’année 2018

Dans ce contexte, l’état est accusé de ne pas tenir sa promesse de prendre à son compte le coût induit par la prise en charge de ces mineurs. Et dans un moment international qui ne permet pas d’imaginer que la pression migratoire va retomber, évidemment, la question de savoir “comment s’organisent les choses” se pose crûment.

Je pense que ce fichier biométrique a été créé à une fin extrêmement dangereuse […]. Il a pour but de recenser les mineurs non-accompagnés, et de permettre à la préfecture d’avoir une visibilité sur ces enfants et sur leur passage à l’âge adulte. Lyes Louffok

La création de ce fichier va impacter considérablement les enfants de façon très concrète : beaucoup vont avoir peur de se rapprocher des services de protection de l’enfance car ils vont craindre d’être intégrés dans le fichier AGDREF 2 [Application de Gestion des Dossiers des Ressortissants Etrangers en France] de la préfecture, qui pourrait éventuellement, quand ils seront adultes, leur poser difficulté dans l’obtention d’un titre de séjour. Lyes Louffok

Est-ce que l’important est de déterminer au jour près quel est leur âge, ou est-ce que c’est de se poser la question de leur vulnérabilité (lorsqu’ils sont très jeunes) et se demander si la meilleure attitude, pour eux comme pour la société en général, est de prendre en charge ces jeunes, de leur donner une formation, les bonnes clés pour réussir. Lisa Carayon

Ces enfants sont jugés comme des étrangers en situation irrégulière, ce qu’ils ne sont pas, car tout mineur est d’abord un mineur qui doit être protégé. Lisa Carayon 

Les prises en charge sont extrêmement disparates, avec des associations gestionnaires d’établissements qui répondent à des appels à projet, qui sont extrêmement dangereux, puisque le prix de journée en protection d’enfance (ce que les départements versent aux associations pour la protection des enfants) peut être divisé par quatre en fonction de s’il s’agit d’une structure pour mineurs isolés étrangers ou pour enfants placés français. Lyes Louffok

La particularité de ces mineurs isolés étrangers en danger, par rapport à la moyenne des enfants qui sont pris en charge par l’aide sociale à l’enfance, c’est que ce sont surtout des garçons, environ 95% d’entre eux. Est-ce que c’est parce que les filles ne partent pas de leur pays d’origine ? Non, c’est malheureusement bien souvent parce qu’elles disparaissent sur le chemin, ou ici d’ailleurs. Lisa Carayon

Le dispositif d’aide sociale à l’enfance actuellement est au bord de l’implosion partout, et pas du tout à cause de la problématique des mineurs non-accompagnés, bien au contraire. C’est parce que nous n’avons pas mis les moyens nécessaires, il y a des années de cela, pour permettre un accueil digne de tous les enfants. Lyes Louffok 

Intervenants
  • Maitresse de conférences en droit à l'université Paris 13
  • membre du conseil national de la protection de l’enfance, auteure de Dans l’enfer des foyers (éditions Flammarion)
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