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Russie : la répression continue

33 min
À retrouver dans l'émission

Suite aux arrestations après une manifestation de l’opposition à Moscou le 27 juillet et à l’« intoxication » d’Alexeï Navalny, Arnaud Dubien, directeur de l'Observatoire Franco-Russe et Anna Colin Lebedev, maîtresse de conférences à l'Université Paris Nanterre sont les invités de Benoît Bouscarel.

Crédits : Kirill KUDRYAVTSEV - AFP

Le pouvoir politique est attaché à contrôler le plus possible le mode d'expression des citoyens et notamment les manières dont les citoyens sortent dans la rue. Là, par exemple, à Moscou on est en négociation pour une nouvelle manifestation qui est prévue pour le 3 août avec le pouvoir politique local qui cherche à l'autoriser mais à la confiner à un quartier relativement isolé, limiter la liberté de déplacement des manifestants." Anna Colin Lebedev

40% des russes ne souhaitent pas revoter pour Vladimir Poutine aux prochaines élections, on est sur un effet de fatigue, de lassitude par rapport au pouvoir en place depuis trop longtemps." Anna Colin Lebedev

Dès la dernière élection, la question de l'après Poutine a pris une place centrale dans les jeux politiques. Le problème étant le piège que le pouvoir politique s'est tendu lui-même en centralisant le pouvoir de façon très verticale, Vladimir Poutine n'a pas fait émerger une nouvelle génération d'hommes ou de femmes politiques qui pourraient lui succéder, la stratégie du pouvoir a été de mettre en place des technocrates et des administrateurs avec la personnalité la moins saillante possible." Anna Colin Lebedev

Nous sommes pas à l'heure du bilan, je pense, d'autant que les changements politiques ces dernières années sont extrêmement rapides, notamment depuis l'annexion de la Crimée et le conflit avec l'Ukraine. En réalité, il y a plusieurs Poutine, plusieurs moments Poutine. C'est-à-dire que sur une première période il va avoir un bilan perçu comme très positif par la population, mais aujourd'hui on est dans une situation totalement différente, où les revenus réels des russes baissent de manière constante, avec la nécessité de réformes impopulaires, et avec un changement de discours du pouvoir, c'est-à-dire qu'aujourd'hui le pouvoir base sa légitimité sur l'idée qu'il est menacé de l'extérieur, qu'il s'agit d'une forteresse assiégée, rempart d'un certain nombre de valeurs que ses voisins cherchent à détruire en permanence." Anna Colin Lebedev

On commence à sentir les failles du pouvoir poutinien dans le développement des infrastructures du pays, dans le développement du système santé, dans le développement de l' éducation, de l' innovation technique, etc. mais la perception à l'intérieur va être très différente du bilan que nous on peut en faire à l'extérieur." Anna Colin Lebedev

Aujourd'hui en Russie, il n'y a une vraie demande de justice sociale, que le pouvoir va devoir adresser" Arnaud Dubien

Ce qu'a réussi à faire Poutine, c'est qu'il a réussi à construire un système où l'opposition n'a pas de place, si elle n'est pas organisée par le pouvoir. La grande force du poutinisme a été de faire croire à un grand nombre de citoyens que ceux qui s'opposaient au pouvoir étaient là avec une force destructrice, et non pas constructive. Le discours du pouvoir russe aujourd'hui c'est: "Nous nous travaillons, eux ils ne font que critiquer " Anna Colin Lebedev

C'est une crise qui a été perçue  comme suffisamment grave pour déployer cet arsenal répressif que nous avons vu avec plus de 1 300 interpellations. En rélaité le pouvoir politique russe cherche à prévenir toute crise politique, l'idée est de décourager, non pas de sanctionner durement un grand nombre de participants, la plupart s'en sortiront avec une amende, mais de décourager des manifestations à venir. La stratégie avait été assez efficace en 2011-2012. Cela avait un peu réduit à néant l'envie des russes de  manifester dans la rue. Il y a eu le moment 2014 avec l'euphorie qui a suivi l'annexion de la Crimée en Russie qui a rendu la manifestation et la contestation difficile parce que ces années-là ont divisé l'opposition elle-même. L'euphorie de 2014 est bien retombée, nous sommes aujourd'hui sur le départ d'un nouveau cycle dont on ne peut pas anticiper l'ampleur." Anna Colin Lebedev

Parce qu'il surréagit, le pouvoir peut créer une crise." Arnaud Dubien

Je ne suis pas certain qu'on soit à l'orée d'un nouveau cycle politique, en tout cas on est toujours dans le cycle politique ouvert en 21012, c'est-à-dire celui du retour de Vladimir Poutine au pouvoir, et du serrage de vis généralisé, mais il est vrai qu'il y a des failles, il y a des signaux, mais qui ne sont des signaux qui ne sont pas des signaux encore une fois de danger immédiat, il faut se garder d'une perception de la Russie qui serait au bord de l’effondrement économique, ce n'est pas vrai, et d'un régime qui serait aux abois, ce n'est pas vrai aujourd’hui. " Arnaud Dubien

Les Russes n'ont jamais arrêté de protester en réalité, il n'y a jamais eu de période de passivité telle qu'on a pu la décrire, sauf que les modes de protestation, la manière dont les russes s'adressent au pouvoir ne sont pas forcément ceux de la manifestation publique dans la rue. Un certain nombre de russes ont toujours préféré s'adresser au pouvoir en tête-à-tête, c'est-à-dire en s'adressant personnellement à des leaders politiques ou à des forces politiques avec des requêtes." Anna Colin Lebedev

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Intervenants
  • directeur de l’observatoire franco-russe à Moscou, chercheur associé à l’Iris
  • Maîtresse de conférences à Paris Nanterre, spécialiste de l'Ukraine et de la Russie post-soviétique
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