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Manifestation de séparatistes en Nouvelle Calédonie, 2003.

A trois jours du référendum, quel avenir pour la Nouvelle Calédonie ?

18 min
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Ce dimanche 4 novembre, 175.000 Calédoniens inscrits sur les listes électorales vont tenter de résoudre un problème compliqué en répondant à une question simple : "Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?".

Manifestation de séparatistes en Nouvelle Calédonie, 2003.
Manifestation de séparatistes en Nouvelle Calédonie, 2003. Crédits : Gilles BASSIGNAC - Getty

Ce dimanche 4 novembre, 175.000 Calédoniens inscrits sur les listes électorales vont tenter de résoudre un problème compliqué en répondant à une question simple : "Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?". Etape décisive et symbolique d’un processus politique initié en 1988, ce référendum ne sera pour autant pas le point final de la question calédonienne.

Si les sondages indiquent en effet que le « Non » devrait l’emporter avec une confortable avance, les revendications identitaires, culturelles, territoriales, économiques et sociales d’une partie de la population kanake demeureront intactes au lendemain du décompte des voix et resteront, plus que jamais, une problématique française.

Au-delà de la pérennité du vivre-ensemble calédonien, le référendum de dimanche vient par ailleurs remettre en lumière les enjeux de la présence française dans une zone pacifique où les ambitions chinoises désormais décomplexées redessinent à grande vitesse la géopolitique asiatique et mondiale. 

Quel avenir pour la Nouvelle Calédonie ?  Pour en discuter aujourd’hui dans Les Matins de France Culture, Florian Delorme reçoit Benoit Trepied et Fabrice Argounès

Benoit Trepied : Le climat calédonien s’est considérablement apaisé depuis les années 80.. Le processus a calmé le pays et réorganisé le pouvoir économique en faveur des kanaks. Le pays reste inégalitaire, mais la situation n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était il y a 30 ans

Benoit Trepied : Il y a une montée globale des mixités matrimoniales, conjugales, résidentielles. Il y a désormais une vie kanake urbaine, en lien avec les autres communautés. Mais des inégalités et discriminations perdurent, même si en se plaçant sur le temps long on voit une nette amélioration 

Benoit Trepied : La politique de redistribution des terres a permis de rétrocéder 200.000 hectares. Mais ce n’était pas qu’un enjeu économique foncier, il s’agit d’une appartenance identitaire, un retour à la terre des ancêtres qui avait été volée. Les autorités voulaient conditionner la redistribution des terres à leur exploitation économique, mais pour les kanaks ce n’était pas le sujet.. 

Benoit Trepied : Le grand projet économique des kanaks c’est d’utiliser le nickel pour financer l’indépendance. Ils ont réussi à créer la plus grande usine métallurgique du monde, contrôlée par les kanaks. Cela a permis de créer de l’emploi dans la région. 

Benoit Trepied : Au sein du monde loyaliste il y a une droite dure opposée à la politique sociale et à la redistribution des richesses. 

Benoit Trepied : Les indépendantistes demandent l’indépendance avec un statut d’Etat associé : être indépendant tout en confiant certaines de ses compétences à un autre Etat. Par exemple on peut considérer qu’on ne veut pas mettre des moyens dans la gestion et le financement d’une armée et se placer sous la protection d’un Etat étranger. Il y a déjà des exemples semblables dans le Pacifique. Même si la Calédonie devient indépendante, l'armée françaiese pourrait y rester.

Benoit Trepied :On peut avoir l’idée d’une colonisation chinoise qui prendrait la suite de la colonisation française, mais les calédoniens ont su tirer leur épingle du jeu stratégique régional. Avec leurs ressources en Nickel ils ont des arguments pour pouvoir parler aux Chinois. Ils ont les ressources énergétiques suffisantes et nécessaires pour pouvoir parler avec les plus grands. 

Benoit Trepied : L’exploitation du Nickel pose des questions stratégiques, économiques, mais aussi sociales et environnementales. Il y a des tentatives de diversifier l’économie locale depuis quelques années  notamment dans le tourisme.

Benoit Trepied : Dans les années 80 la Nouvelle Calédonie a été un problème pour tous les gouvernements français. L’enjeu actuel c’est d’éviter un retour des tensions. Le gouvernement actuel veut s’inscrire dans l’héritage de Rocard, la négociation apaisée. 

Benoit Trepied : La société calédonienne reste très largement engagée dans un face à face avec la France. Il y a des liens forts avec l’Australie et la Nouvelle Zélande mais la Chine et l’Inde restent des territoires plus lointains. 

Fabrice Argounès. : La Nouvelle Calédonie est un élément fondamental de la France dans le Pacifique. C’est le territoire français le plus proche de la Chine. C’est un élément stratégique de notre place dans la mondialisation

Fabrice Argounès. : Il n’y pas de navires Chinois prêts à accoster en Nouvelle Calédonie au lendemain de l'indépendance mais c’est un élément important pour eux, un enjeu stratégique majeur. Dans le cadre de la future hégémonie chinoise il y a des intérêts économiques chinois qui sont prêts à fondre sur la Nouvelle Calédonie pour s’accaparer le Nickel. 

Fabrice Argounès. : Si la Nouvelle Calédonie devient indépendante, pour la Chine cela sera le même scénario qu’au Vanuatu : des investissements massifs, de l’ingérence politique, des ambitions militaires. 

Fabrice Argounès. : Il y a un axe Japon-Australie-Inde face à l’hégémonie chinoise à venir sur la région et, après le Brexit la France reste le seul pays de l’UE à posséder des territoires dans la région. Cela fait de nous un acteur important de la zone Pacifique. 

Fabrice Argounès. : L’enjeu du Nickel c’est le prix à la tonne. Il est retombé à 12.000 dollars, mais l’importance des réserves calédoniennes, autour de 20% des réserves mondiales prouvées, assurent à la Nouvelle Calédonie de rester à l’avenir une terre majeure du Nickel à l’échelle mondiale 

Fabrice Argounès. : Avec l’Australie nous avons une relation bilatérale parmi les plus dynamiques. C’est un de nos partenaires stratégiques les plus importants. C’est étrange quand on y pense, mais l’Australie est le territoire avec lequel nous avons la plus large frontière maritime. 

Fabrice Argounès. : Il y a deux enjeux. Avec l’arrivée de Trump au pouvoir se pose la question du positionnement américain dans la région. Cela fait peur aux Australiens et interroge les autres acteurs régionaux. Cela encourage de nouvelles alliances. La France réfléchit à l’avenir de son domaine indopacifique. Nous sommes le seul pays non local à être présent sur ces deux zones. 

Fabrice Argounès. : Le Pacifique est encadré par les deux plus grandes puissances mondiales, États-Unis et Chine. L’enjeu pour la France est de trouver sa place entre les deux. 

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  • Anthropologue, chargé de recherche au CNRS, spécialiste de la Nouvelle-Calédonie
  • enseignant en géographie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur associé à l’UMR Géographie-Cités
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