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Des membres de l'Etat Islamique, rendus aux Forces Démocratiques Syriennes, transportés dans un camion pour être évacués, le 20/02/2019

Chute de l’Etat islamique : que faire de ses combattants ?

42 min
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L’Etat Islamique s’apprête à chuter, comment l’empêcher de rebondir ?

Des membres de l'Etat Islamique, rendus aux Forces Démocratiques Syriennes, transportés dans un camion pour être évacués, le 20/02/2019
Des membres de l'Etat Islamique, rendus aux Forces Démocratiques Syriennes, transportés dans un camion pour être évacués, le 20/02/2019 Crédits : Bulent KILIC / AFP - AFP

Les forces kurdes l’assurent : ils reprendront le village de Baghouz d’ici quelques jours et, délogé de cet ultime morceau de territoire qu’il contrôlait encore le long de la frontière irako-syrienne, il en sera alors terminé de l’Etat Islamique. Immense soulagement après 5 ans de guerre que d’envisager ainsi la défaite du groupe terroriste responsable de la mort de 700 personnes en Europe depuis 2014, mais l’histoire de Daesh et du terrorisme islamiste sunnite semble encore loin, très loin d’être terminée. 

Qu’ils se terrent dans les zones tribales irakiennes ou qu’ils errent clandestinement en Syrie, qu’ils soient aux mains des kurdes ou déjà dans les prisons européennes, les milliers de combattants étrangers qui ont survécu aux combats avec leurs familles continuent de poser d’immenses problèmes sécuritaires et politiques à des pays occidentaux qui hésitent encore sur la meilleure façon de se protéger sans renier les principes démocratiques qui les définissent. Comment faire accepter à une opinion publique chauffée à blanc le principe du retour de ces combattants qui veulent détruire leur pays ? Comment juger ceux dont les crimes sont avérés mais difficilement prouvables ? Comment s’assurer que des services de sécurité déjà débordés pourront surveiller ceux qui sortiront bientôt de prison ? En un mot, l’Etat Islamique s’apprête à chuter, comment l’empêcher de rebondir ? 

Pour en discuter aujourd’hui dans Les Matins de France Culture, Florian Delorme reçoit Gilles Kepel et Mathieu Delahousse.

Gilles Kepel

Pour l'instant chacun essaye de gagner du temps. Les combattants kurdes du YPG en Syrie ne sont pas pressés car tant que les combattants étrangers sont là, cela force les Etats-Unis à rester pour les protéger du YPG. 

Dans un monde idéal, il faudrait que leurs crimes, bien que commis à l’extérieur de la France, soient jugés ici. En termes d'efficacité, on préfère que des gens considérés comme dangereux soient incarcérés plutôt que laissés dans la nature. 

Le problème c'est : quelles sont les peines auxquelles ils vont être condamnés ? La prison peut être un lieu où on renforce sa foi et sa croyance, avant d'être relâché dans la nature. 

La justice est confrontée à un défi auquel la culture des magistrats ne les a pas du tout préparés. 

Tout une génération de ceux qui sont aujourd'hui les chefs du djihadisme français ont passé du temps en prison, où ils se sont aguerris. 

Toute la dimension idéologique a été au départ déniée par les responsables de l'administration pénitentiaire qui utilisaient au départ des catégories psychologisantes. Les djihadistes en question se sont moqués d'eux et ont renforcé leur idéologie en prison. Il est très important qu'il y ait une justice exemplaire, mais à partir du moment où elle n'arrive pas à déconstruire l'idéologie des individus en question, elle renforce la détermination des individus dans l'incarcération. 

Quels sont les moyens qu'on va se donner pour rendre cette justice exemplaire ? 

Certains enfants tout petits ont subi un traumatisme, mais de jeunes adolescents ont déjà participé à des vidéos, à des exécutions... Les cas sont très différents : par exemple s'il reste ou non des membres de la famille qui n'ont pas été soumis à l'idéologie de Daesh. 

Mathieu Delahousse

On arrivera pas à faire un procès de Nuremberg pour les djihadistes français, mais on a commencé à les juger petite touche par petite touche. 

Tous ceux qui sont passés à l'action étaient des petits délinquants du djihadisme. 

Les jeunes gens, quand on les a laissés partir, ils se sont systématiquement retournés contre la France, en développant leur idéologie et leur volonté de combattre. 

Ces combattants ne sont pas des justiciables comme les autres. 

Pourquoi la France, l'Allemagne et l'Angleterre ne réuniraient pas leurs forces dans un grand procès du djihadisme ? Pour des raisons pratiques. Ce sont des procès qu'il faut faire pied à pied, face à des djihadistes champions de la fake news, de la propagande. 

La solution judiciaire ne passe selon moi que par le cas par cas. On ne peut pas comparer des individus qui se sont radicalisés dans les cours de lycée en 2015, qui sont revenus de la guerre avec des têtes d'enfants dépités, avec des frères ou sœurs de djihadistes radicalisés depuis des années de manière très violente, qui avaient la volonté de faire la guerre. 

Il ne faut pas être uniquement dans l'exclusion, qui donne du grain à moudre à des jeunes frères et sœurs pour qui ces prisonniers seraient des martyrs. Il y a un danger du martyr. 

Il faut se replacer 10 ans en arrière, les terroristes étaient une petite exception. Aujourd'hui on a 500 personnes dans les détenus terroristes, plus 1500 personnes détenus de droit commun. L'isolement ne peut pas être appliqué à tout le monde. On n'est pas prêts à gérer ces détenus qui vont être en contact avec d'autres. 

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Intervenants
  • Politologue. Titulaire de la chaire Moyen-Orient Méditerranée à l’ENS. Professeur à l’université Paris Sciences et Lettres.
  • Journaliste au magazine L'Obs, spécialiste des affaires de justice
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