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Michael Ignatieff

Michael Ignatieff : "En Hongrie, le régime essaie de tout mettre sous sa tutelle petit à petit : la magistrature, ensuite les médias, et maintenant les universités"

41 min
À retrouver dans l'émission

Conséquence du conflit politique entre ouverture et fermeture en Hongrie, l’Université d'Europe Centrale doit quitter Budapest pour Vienne. Nous sommes allés rencontrer son président Michael Ignatieff, qui est également un des premiers opposants au Premier Ministre Viktor Orban.

Michael Ignatieff
Michael Ignatieff Crédits : ATTILA KISBENEDEK - AFP

Certains lieux prennent une signification toute particulière à l’approche des élections  européennes du mois de mai. C’est le cas de la Central Europe University  de Budapest, objet d’un conflit politique majeur entre Victor Orban et  le milliardaire et philanthrope George Soros qui a créé et soutient  financièrement cet établissement. 

Bataille pour les valeurs démocratiques, identités nationales à l’heure de la globalisation,  indépendance de la recherche et autonomie des systèmes éducatifs, c’est  autour de l’ « université Soros » que se sont cristallisés ces débats  en Hongrie, le régime Orban construisant là le modèle des démocraties  dites illibérales.

Après le romancier Erri de Luca le 11 février, le metteur en scène Emmanuel  Demarcy-Mota le 7 mars, Guillaume Erner reçoit un troisième invité  exceptionnel : Michael Ignatieff,  président et recteur de l’Université d’Europe centrale, politiste  canadien et ancien député. Au centre de la discussion : la situation  politique en Hongrie, le phénomène des démocraties illibérales, la  réflexion critique et autocritique des intellectuels libéraux  face à ces évolutions.

L’université a été fondée à la fin de la guerre froide afin d’aider la transition du communisme à la démocratie. Ses fondateurs ont pensé qu’il fallait renouveler l'université, implanter la culture académique ouest-européenne et nord-américaine. Nous sommes ici depuis 25 ans et avons assisté à une transition bien différente de ce qu’on attendait. 

Un appauvrissement de la démocratie en Hongrie 

En Hongrie nous avons une démocratie majoritaire qui a mis au pouvoir un système politique du parti unique. Dans un certain sens, au 21ème siècle, nous avons recréé le pouvoir unique du système communiste d’avant la transition : c’est ça qui est tragique ou ironique dans la situation que nous vivons.  

Je crois que pour un bon tiers de la population, la situation économique est bien meilleure qu’avant 1989. Par contre, nous avons vu une détérioration de la situation politique, un appauvrissement de la démocratie mené par le parti au pouvoir sous la domination absolue de Orban. 

C’est un nouveau type de régime pour le 21ème siècle : il n’y a pas de prisonniers politiques, il n’y a pas de répression ouverte, si on n’aime pas le pays on peut le quitter. On peut faire une critique féroce du gouvernement, il y a une presse libre, des universités, mais c’est un régime qui essaie de tout mettre sous sa tutelle petit à petit : la magistrature, ensuite les médias, et maintenant les universités.

Orban est en train de perfectionner un nouveau régime de "parti-état" où il y a une liberté apparente, un marché capitalisme, mais sous contrôle absolu d’un parti unique. 

L'appui de Viktor Orban sur les élites des provinces 

Les hongrois ont choisi une nouvelle élite de transition, l’élite de Mr Orban. C’est une élite des petits villages, des petites villes du  pays : ça n’est pas l’élite de Budapest. C’est l’élite des provinces qui est au pouvoir aujourd’hui. Viktor Orban a eu un rôle dans la chute du communisme, mais dans les années 90, il a vu qu’il n’avait pas de place dans l’élite de transition. Alors il s’est créé une place dans l’élite de droite conservatrice. Il ne se sentait pas à l’aise avec l’élite sophistiquée, cosmopolite de Budapest. 

Dans les campagnes, il y a très peu de pluralité des médias, on ne reçoit que la télévision gouvernementale, et dans les villages quand il y a une pancarte d'expression, c’est celle du gouvernement. L’emprise du gouvernement sur les petites villes est totale et l’opposition a très peu de pouvoir organisationnel dans ces régions : c’est la base du pouvoir de Viktor Orban. 

Une des tragédies de l’ère communiste, c’est qu’elle a mis fin à la paysannerie, il y a très peu de petits exploitants en Hongrie. Et l'économie est très dépendante de l’industrie allemande. 

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