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Certains courent, d'autres vivent dehors

Inégalités et défiance : des symptômes français ?

36 min
À retrouver dans l'émission

En France, depuis le début de la crise sanitaire, de nombreux sondages montrent le sentiment de défiance des gouvernés envers les gouvernants. Les chiffres montrent d'ailleurs que la population française est beaucoup plus méfiante que ses voisins d'allemands ou anglais. Comment l'expliquer ?

Certains courent, d'autres vivent dehors
Certains courent, d'autres vivent dehors Crédits : Philippe LOPEZ - AFP

L’une des grandes inconnues c’est le fait que dans des situations d’anxiété pareille, une grande part des ménages préfère épargner que consommer. De tels comportements  pourraient nous une situation de déflation très importante. Et l’Etat doit avoir un rôle très important pour se substituer à cela.La confiance accordée à la parole des professionnels de santé contraste avec la méfiance attribuée aux discours des dirigeants politiques. Et le plan de déconfinement annoncé il y a deux jours par le Premier ministre ne vient pas altérer ce constat. Pour un grand nombre de français le pouvoir exécutif n’est pas à la hauteur de la situation. Et à la défiance s’ajoute le fait que la crise renforce les inégalités socioéconomiques et territoriales. Si près de la moitié des travailleurs d’Ile de France  sont passés au télétravail, ils ne sont que 20% à pouvoir se le permettre dans la région Grand-Est. Comment expliquer cette défiance à l’égard de la parole politique ? Quelles sont les inégalités mises en lumière par la crise que nous vivons ?

Pour en parler ce matin, Yann Algan, doyen de l’école d’affaires publiques de Sciences Po et professeur d’économie est l’invité des Matins. 

Une crise qui catalyse les inégalités 

"Cette pandémie est un fait social total qui révèle bien des fractures dans la société française. Au-delà des élans de solidarités, il existe des inégalités sociales et des tensions politiques très fortes. Pour le travail par exemple, il y a une répartition inégale entre les personnes qui se retrouvent au chômage partiel, en télétravail ou qui continuent de travailler." 

Le télétravail est une marque des travailleurs favorisés. Yann Algan

Vers une économie de plus en plus digitalisée ? 

"Cette crise est un accélérateur du capitalisme numérique. On sentait déjà le poids des tensions quant au passage à une économie de plus en plus digitalisée. Et on a eu une accélération du phénomène pour les cadres qui amène aussi l’inquiétude d’une désocialisation très forte du monde du travail."

On pressentait déjà ces grandes transformations ces dernières années mais rétrospectivement lorsqu’on analysera le XXIé siècle, on dira que le capitalisme numérique a commencé en 2020 avec la pandémie. Yann Algan

"On a encore besoin de produire. Les conséquences économiques de la crise sont beaucoup plus violentes et dramatiques que les crises de 2009 ou des années 1930 car le confinement entraîne un choc d’offres et de demandes inédit."

Le rebond économique est-il utopique ? 

"La priorité dans un premier temps ne sera pas de rebooster l’économie. Nous sommes dans une situation d’incertitude. Dans un premier temps, la priorité sera de savoir si l’ensemble des filets de sécurité seront suffisants pour que les Français, notamment les populations les plus défavorisées puissent reprendre une activité."

Dans une situation d’anxiété pareille, une grande part des ménages préfère épargner plutôt que consommer. Un tel comportement pourrait installer une situation de déflation très importante. Et l’État doit avoir un rôle très important pour pouvoir se substituer face à un tel danger. Yann Algan

"La Banque Centrale Européenne doit se substituer aux États et prêter à des taux très faibles pour pouvoir relancer l’économie européenne."

Une crise qui initie à de nouveaux comportements  

Cette crise n’est pas un simple accident. Elle va changer durablement les attitudes des Français et des pouvoirs publics. Ces changements vont avoir des conséquences économiques très fortes. Il va falloir un accompagnement de l’État et se doter d’une véritable stratégie pour réussir ces changements. Yann Algan

On doit être très humble sur le modèle de demain. Yann Algan

Vous pouvez (ré)écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Chroniques

8H17
4 min

Le Billet politique

Montebourg, l'anti-Macron

Bibliographie

Les Origines du populisme

Les Origines du populismeYann Algan, Daniel Cohen et Martial FoucaultSeuil, coll. La République des idées, 2019

Intervenants
  • doyen de l’école d’affaires publiques de Sciences Po et professeur d’économie
L'équipe
Production
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