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Anne Hidalgo

Paris : je t'aime, moi non plus ?

40 min
À retrouver dans l'émission

Anne Hidalgo publie "Respirer", un ouvrage où elle défend son bilan de maire de Paris. Elle y parle de ce qu’elle a accompli pendant son mandat et de ce qu’elle estime être ses priorités.

Anne Hidalgo
Anne Hidalgo Crédits : Philippe LOPEZ - AFP

Ebranlée par plusieurs revers politiques et par le récent départ de son bras droit Bruno Julliard, Anne Hidalgo défend son bilan, à l’heure où les candidats à l’élection municipale de Paris en 2020 commencent à se faire connaître. Ses débuts à la municipalité avaient pourtant été prometteurs. En s’engageant pour l’environnement et la démocratie participative, Anne Hidalgo incarnait un possible renouveau à gauche. Mais les ennuis s’accumulent : complication du renouvellement des Vélib’, faillite d’Autolib', bataille des berges de Seine. 

Nous recevons Anne Hidalgo, qui explique et défend ses choix dans son livre Respirer (Editions de l’Observatoire), où l'on trouve un bilan plus positif des combats menés depuis 2014. 

La pollution de l'air, "scandale de l'amiante du XXIe siècle"

La maire de Paris est l'invitée des Matins, au moment où l'on apprend qu'un recours sera déposé le 2 octobre devant le Conseil d’Etat pour obliger le gouvernement à respecter les normes européennes en matière de pollution de l’air : une soixantaine d’associations écologistes ainsi que plusieurs médecins réclament l’exécution de la décision du 12 juillet 2017, avec une demande d’astreinte de 100 000 euros par jour en cas de manquement. 

Je pense que c’est une très bonne chose que les associations, les ONG, les citoyens, saisissent la justice pour faire appliquer des règles visant à ce qu’on ne soit pas empoisonnés lorsqu’on respire. Je le dis souvent : aujourd’hui, plus personne en France n’accepterait de boire de l’eau polluée, or tous les jours, à chaque fois que nous ouvrons nos poumons à la respiration, nous inhalons des substances toxiques qui tuent, et qui tuent dès aujourd’hui, même si j’ai coutume de dire que la pollution de l’air, le diesel, c’est le scandale de l’amiante du XXIe siècle, c’est aujourd’hui que l’on constate déjà des morts et des personnes à la santé très fragile.

Paris, la ville, est le symbole de l’accord de Paris. On est regardé à l’étranger : cette décision va être très très suivie, notamment à l’international, par les grandes organisations internationales, parce qu’elle est devenue le symbole de la possibilité d'appliquer ou non l’accord de Paris. Et j’ajoute : d'appliquer l’accord de Paris, à Paris ! C’est ça la question qui va être posée cette semaine et la semaine prochaine, puisque il y a deux contentieux devant le tribunal administratif.

... et son aspect économique

Le sujet de l’écologie offre de nouvelles opportunités économiques, moins prédatrices, beaucoup plus soutenables. Le réemploi, les énergies renouvelables, le recyclable sont de nouvelles opportunités d’emploi notamment dans le champ de l’économie sociale et solidaire.

La piétonnisation des voies sur berge

Interrogée sur les embouteillages à Paris, Anne Hidalgo affirme que l'idée de la piétonnisation des voies sur berge est née en 2001 dans l'esprit des écologistes de son équipe et revient sur la complexité de mener à bien ce projet :

En 2008 on décide de faire la rive gauche, avec Bertrand Delanoë, c'est une bagarre inouïe, il faut attendre l'arrivée de François Hollande et Jean-Marc Ayrault au pouvoir pour qu'ils nous autorisent, nous les élus parisiens, à faire quelque chose qu'on avait inscrit dans un programme électoral, et qui avait été voté par les Parisiens. Et en 2014, je remets ça avec mon équipe, avec la rive droite de la Seine, et là encore ce serait trop long ? La question c'est toujours "est-ce qu'on fait, ou pas ?". Quand on prend des décisions qui vont changer la vie de beaucoup de gens, forcément il y a ou des désagréments, ou des choses qui vont compliquer la vie d'un certain nombre de personnes, mais le but de cela est quand même ce qui doit faire sens. 

Les difficultés Vélib' ("L'entreprise n'était pas prête") et le ratage Autolib'

"Ça va mieux !" affirme Anne Hidalgo, même si elle se dit en colère à la pensée des Parisiens empêchés de pédaler :

"Si la loi ne m'avait pas obligée à passer un nouveau marché, je ne l'aurais pas fait puisque le service allait très bien, même s'il y avait un changement à faire, à la fois de périmètre, puisqu'on a voulu en faire un service métropolitain pour toutes les communes autour de Paris, et la deuxième chose c'est qu'on a introduit l'électrique."

La maire de Paris reconnaît quand même que la nouvelle entreprise retenue n'était "pas prête". 

Une fois que nous avons constaté cela avec beaucoup de colère et d'amertume, il y a eu des décisions de prises, du côté de l'entreprise [...]. De mon côté, j'ai mis en place une gestion de crise, et nous sommes en train de remonter la pente. Je suis aussi usagère de Vélib', je crois qu'il y a encore quelques problèmes, mais on voit beaucoup plus de Vélib' et le vélo est en train de redevenir ce mode de transport très prisé par les Parisiennes et les Parisiens.

Et qui d'Autolib' et de ses "batteries chaudes" ?

Le service n'a jamais été rentable, toujours déficitaire. Peut-être parce que c'est un service public, et qu'on aurait dû voir les choses un peu différemment. Toujours est-il que là, c'est plutôt l'entreprise Bolloré qui a décidé de passer dans une version radicale "Les communes payent une somme astronomique, ou alors on arrête le service." [...] on est en train de mettre en place, d'ici la fin de l'année, avec le Salon de l'Auto - les constructeurs sont là avec les voitures électriques - une offre d'autopartage, notamment pour Paris, et qui sera un plus pour les Parisiens.

Le débat national sur la gratuité des transports publics

La maire de Paris défend le concept de gratuité des transports :

Il y a un certain nombre de villes, y compris en France, et je pense à Dunkerque, qui est passé à la gratuité. J'ai vu récemment le maire de Dunkerque qui tirait un bilan très positif de cette mesure pour sa ville. Moi je n'ai pas tranché. [...] J'ai demandé à trois de mes adjoints de mener une étude sur la gratuité, en leur demandant si elle pouvait être un attrait permettant de mieux lutter contre la pollution. La question est là. |...] Il y aura un débat au Conseil de Paris sur cette question-là. On n'y rentre pas de façon manichéenne.

Le Grand Paris

On a une communauté de destins avec ces 7 millions d'habitants. Chaque commune a une identité, une histoire, et il faut que Paris respecte cette histoire. On n'est pas là pour les absorber, mais pour créer une communauté de destins. Je vous donne cet exemple : quand je décide de créer une école du numérique gratuite pour les 12-18 ans, aux Halles, qu'on va inaugurer officiellement le 16 octobre et qui va concerner  4000 jeunes. D'entrée de jeu, j'ai dit "Je souhaite que d'autres enfants des communes de l'Île de France puissent y vernir". 30% des effectifs de cette école viennent des autres communes. 

"Si j'avais la main, voilà ce que je ferais..."

S'il y a des quartiers qui souffrent aujourd'hui, des villes, et je pense à Sevran par exemple, c'est parce qu'ils ne sont pas bien interconnectés. Donc qu'est-ce que je ferais ? Je mettrais le paquet en matière d'investissement pour permettre ces transports de banlieue à banlieue. Ne pas forcément passer par Paris, c'est la vocation du Grand Paris Express, mais aujourd'hui on est un peu petits bras, on est en train de regarder un investissement majeur en se disant "Comment on fait avec des petits bouts de ficelle, un bouclage budgétaire qui va nous faire prendre du retard, aussi sur le plan de l'attractivité économique ?". Et puis je mettrais le paquet sur l'innovation qui doit être vraiment la marque de notre métropole. Je mettrais le paquet sur le transport fluvial, qu'on puisse se déplacer sur la Seine. [...] Je mettrais le paquet sur les parkings relais...

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Bibliographie

Respirer

RespirerAnne HidalgoEditions de l'Observatoire, 2018

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