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Des manifestants lèvent le poing lors d'un rassemblement dans le cadre des manifestations mondiales "Black Lives Matter" contre le racisme et la brutalité policière, à Marseille le 13 juin 2020.

Mouvements antiracistes : un tournant dans l’histoire ?

41 min
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« Nous serons intraitables face au racisme, à l’antisémitisme et aux discriminations ». Attendu dans son allocution dimanche sur la question de la lutte contre le racisme, Emmanuel Macron a affirmé son soutien à ce combat tout en condamnant le « communautarisme ».

Des manifestants lèvent le poing lors d'un rassemblement dans le cadre des manifestations mondiales "Black Lives Matter" contre le racisme et la brutalité policière, à Marseille le 13 juin 2020.
Des manifestants lèvent le poing lors d'un rassemblement dans le cadre des manifestations mondiales "Black Lives Matter" contre le racisme et la brutalité policière, à Marseille le 13 juin 2020. Crédits : CLEMENT MAHOUDEAU - AFP

Alors que des réflexions débutent dans plusieurs pays sur le sort des statues d'esclavagistes, suite à leurs dégradations, le président français a affirmé son refus que la République « déboulonne des statues ». Comment traiter la mémoire de l'esclavage et de la colonisation dans l'espace public ? Après les manifestations massives aux États-Unis et les rassemblements en France, assiste-t-on à un renouveau des mouvements antiracistes ?  

Notre invitée est Françoise Vergès, politologue, historienne, autrice notamment de “Un féminisme décolonial” paru en 2019 aux éditions La Fabrique.  

Le déboulonnage des statues

"Quand le Président dit qu'il sera intraitable sur le racisme et les questions d'égalité, les demandes de retrait les statues est une question d'égalité. Il n'y a pas de justice dont la façon la France présente les monuments. (...) En réalité, il n'y a pas de récit figé. La République pourrait se demander les récits qu'elle voudrait mettre en avant (...).  Quelles sont les statues que je vois quand je me promène à Paris ? Essentiellement des hommes blancs, dans des postures guerrières (..). Il n'y a pas d'égalité mémorielle".

La fin de non-recevoir pousse aux actions (...).Je ne comprends pas sur quoi s'appuie cette fin de recevoir. Dire que l'on ne revisite pas, que ça reste fixe et rigide est assez étonnant.

Une demande d'égalité

" Plus profondément, c'est la question d'une plus grande égalité, de l'anti-racisme. Quels sont les récits valorisés ? Qu'est-ce qui est enseigné à l'école ? Qu'est-ce que les enfants de France apprennent ? La question des statues est prise dans un contexte.

C'est une question d'égalité et de dignité pour l'histoire de plein de femmes et d'hommes qui sont dans la République française, qui sont des citoyens français.

L'histoire de l'anti-racisme

"La question de l'anti-racisme est à placer dans l'histoire. En 1983 la marche pour l'égalité revendique une autre forme de lutte contre le racisme. Il ne s'agit pas de dire que le racisme est une opinion, mais de comprendre que c'est structurel (...). Ça s'oppose à l'anti-racisme moral, c'est une question plus profonde.

La France s'est fondée sur l'idée d'une certaine supériorité. On ne fait pas disparaître des siècles d'histoire ainsi. 

La question de l'universalisme

"L'universalisme ne protège pas quand il est abstrait. Il n'est pas réellement universel, il ne tient pas compte de toutes les histoires, de toutes les mémoires, de tous les imaginaires. Il dit qu'il est universel mais part d'une expérience singulière".

La question du racisme structurel s'est encore observée avec la pandémie. Quel a été le département le plus touché, c'est le 93. Qui ont été les personnes qui remplissaient les métiers essentiels ? Ce sont les personnes que l'on dit racisées, c'est-à-dire les personnes stigmatisées par le pouvoir à cause de leur origine, de leur nom ou de leur couleur de peau. 

Transformer la question raciale en question sociale ?

"La racialisation se croise avec la question sociale, par exemple le fait que les personnes racisées occupent toujours les emplois les moins qualifiés et le plus sous-payés. C'est à ce croisement que se pose la lutte anti-raciste".

Quand on dit race, on pense en France que ça n'existe pas, ce qui est vrai. Mais la race n'existe pas mais le racisme tue, donc il est très concret. C'est pour cela que l'on préfère parler de racialisation, de processus par lequel une personne va être discriminée à cause de la perception qu'elle n'est pas exactement comme il faudrait. Il faut se pencher sur la manière dont les français ont été inventés comme blanc.

Le privilège blanc, essentialisant ? 

"La question n'est pas de s'excuser mais de déconstruire. Qu'est-ce que vous faites chaque jour contre le racisme ? En tant que personne blanche, qu'est-ce que je fais pour déconstruire une société qui me donne des privilèges ?"

Toutes les luttes sont portées par les personnes les plus touchées par les discriminations. Le fait que les luttes anti-racistes soient rejointes est très important (...). 

Une concurrence des victimes ? 

"Il y a eu des divisions, le pouvoir divise, qu'il faudra surmonter. Le défi est de lier toutes les luttes, pour que le monde se transforme. Il faut trouver un terrain commun. On trouve des points de rencontre".

Le capitalisme peut absorber la critique qui lui est faite pour en faire une marchandise. A la fois, les systèmes libéraux de tradition anglo-saxonne sont plus ouvertes du point de vue des individus. Mais la justice sociale ne se fera pas. Pour un jeune issu des catégorie populaire, aller à Londres sera plus libératoire que de rester à Paris, mais cela ne veut pas dire que la société est plus égalitaire que la société française.

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