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Covid-19 : un virus contre-révolutionnaire ?

Naufrages libanais

30 min
À retrouver dans l'émission

Le coronavirus a-t-il emporté avec lui les projets de réformes au Liban ? Sur place, la gravité de la crise sociale répond à une économie exsangue et un État incapable de proposer des solutions. Qu'il semble lointain l'espoir des révolutions d'octobre 2019...

Covid-19 : un virus contre-révolutionnaire ?
Covid-19 : un virus contre-révolutionnaire ? Crédits : ANWAR AMRO

"On a réduit les horaires car il n'y a pas assez de travail : les clients ne peuvent pas faire face à l'inflation. J'ai peur que les propriétaires ferment le supermarché, peur de perdre mon travail". C'est le témoignage d'Hania, une caissière de Beyrouth qui s'exprime ainsi dans un reportage signé Laure Stéphan, correspondante du Monde au Liban.

Le Liban est en pleine dégringolade. 

Crises financières, économiques, sociales, institutionnelles et régionales... analyse d'une crise multidimensionnelle avec nos deux invités, Joseph Bahout et Jihane Sfeir. 

Une bombe à retardement

"Ces derniers temps au Liban, on a assisté à une recrudescence ou une montée en puissance des suicides et des violences sociales. La vie quotidienne devient de plus en plus impraticable à cause de la dégradation du taux de change, de la cherté de vie et aussi de la fermeture des horizons. Personne ne voit de sortie de crise à la situation dans laquelle nous sommes, la classe politique semble flotter entre le déni, la capacité et la volonté de faire quoi que ce soit. Je crois que ce pays est en train, probablement aujourd'hui, de dériver vers une bombe, un long tunnel noir dont personne ne voit la sortie. Faire l'autopsie des causes de tout cela est très compliqué. Ce sont des décennies accumulées d'impérities politiques et de corruption, de gabegie généralisée qui a provoqué une crise économique et en retour, la crise économique aggrave la crise politique, creuse complètement la crise sociale et rend le quotidien extrêmement difficile." Joseph Bahout 

Les Libanais disent que même pendant les années les plus noires de la guerre, ils n'ont pas connu cela. C'est une population entière qui est prise en otage, incapable de retirer son argent des banques. Jihane Sfeir

Le bateau ivre

La classe politique est aujourd'hui complètement hors d'état de fonctionnement, elle est bien en deçà de la gravité de la crise politique dans son ensemble, que ce soit la partie loyaliste ou la partie opposante. Les révolutions, les mouvements de révolte qu'on a vu naître le 17 octobre sont aujourd'hui dans l'impasse. Le mouvement populaire est incapable lui aussi d'organiser a minima son programme politique, son organisation humaine et, disons, institutionnelle. Le pays ressemble aujourd'hui à un bateau ivre où rien n'est gouverné, que soit le pouvoir ou l'opposition. Joseph Bahout

Un virus contre-révolutionnaire 

"Du fait de la crise sanitaire, le gouvernement a interdit tout rassemblement. Cela a été un coup d'arrêt direct des manifestations et des rassemblements. Déjà avant mars, la révolution était en train de s'essouffler, de se déliter, les divisions se faisaient sentir même au sein des manifestants. Mais la crise a vraiment arrêté les manifestations de la révolution du 17 octobre. (...) Cette dernière s'est transformée en révolte de colère." Jihane Sfeir

Les gens n'ont plus de travail, ne peuvent plus payer la scolarité pour leurs enfants. Ils descendent donc dans la rue et s'affrontent avec les forces de sécurité intérieure, avec parfois l'armée qui a tout le temps voulu jouer un rôle de tampon. Il y a plusieurs affrontements qui ont lieu, que ce soit à Beyrouth, à Tripoli ou ailleurs sur le territoire libanais. Régulièrement, il y a des victimes. De plus en plus, les manifestants sont emprisonnés, traduits en justice. La révolution du 17 octobre a perdu sa nature, a perdu son caractère révolutionnaire du départ et la société civile est fatiguée, les gens n'en peuvent plus. Pour eux, la révolution est déjà un peu loin." Jihane Sfeir

Intervenants
  • chercheur au Carnegie Endowment à Washington DC et nouveau directeur de l'Institut Issam Farès de l'Université américaine de Beyrouth (AUB)
  • historienne, professeure à l'Université Libre de Bruxelles

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