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Robert Badinter, 25 janvier 2016

Robert Badinter : "J'avais le sentiment que la mort était présente dans les audiences, comme une hyène invisible".

19 min
À retrouver dans l'émission

Ce matin, Guillaume Erner reçoit Robert Badinter, avocat et ancien garde des Sceaux, invité exceptionnel à l'occasion de la journée mondiale contre la peine de mort et du 35e anniversaire de l'abolition de la peine de mort en France célébré hier.

Robert Badinter, 25 janvier 2016
Robert Badinter, 25 janvier 2016 Crédits : ERIC FEFERBERG - AFP

Robert Badinter se confie au micro de Guillaume Erner, dans son appartement parisien. Il revient sur l'abolition de la peine de mort :

Pour moi elle était inévitable, elle a été beaucoup trop tardive. Nous étions le dernier pays de l'Europe occidentale à abolir la peine de mort, le dernier! Et je dois dire que la conscience prise par les Français de l'abolition et que c'était fini et pour toujours, ça a été plus long que je ne le croyais. Mais aujourd'hui c'est terminé.

Il s'en prend aux politiques démagogues qui laissent croire que l'on pourrait revenir en arrière, or il s'agit d"une loi constitutionnelle, "pas facile" alors de la réviser.

La peine de mort pour moi, dans mes souvenirs c'est une réalité brûlante que j'ai connue. C'était le monde... le plus saisissant, le plus surprenant. Les Palais de justice entourés par des citoyens qui criaient "A mort ! A mort ! A mort" dès qu'apparaissaient les wagons cellulaires, le public des audiences très communément acquis à la peine de mort. J'exprime ce qui existait réellement... j'avais le sentiment que la mort était présente dans les audiences, qu'elle était là comme une hyène invisible, qu'elle guettait sa proie. La mort... Et pour refouler cela, pour combattre cela, pour refuser cela, c'était une intensité que je n'ai jamais connu à aucun autre moment de ma vie.

L'ancien avocat Robert Badinter se souvient de ses plaidoiries pour "arracher " un homme à la mort : "Je n'ai jamais rien connu comme épreuve qui se compare à cela."

L'abolition est l'une des rares grandes victoires que l'homme puisse remporter sur lui-même. C'est en cela que c'est une marque de civilisation. L'homme à ce moment-là c'est sur lui-même qu'il remporte la victoire, sur cet instinct de mort qui existe en chacun de nous et ça n'est pas si facile.

Il rappelle qu'entre 1977 et 1981, la peine de mort était demandée "par des réquisitions très fermes de la part du Parquet". Il dit combien "c'était une pratique vivante stupéfiante quand on pense au reste de l'Europe". Il ajoute que face aux discours politiques d'une France "patrie des Droits de l'Homme", il préférait dire que "la France est la patrie de la Déclaration des Droits de l'Homme".

A lire : Les Français et la peine de mort au fil de l'Histoire

Et aussi : Peine de mort : 25 pays ont exécuté plus de 1 634 personnes en 2015

Intervenants
  • homme politique, ancien président du Conseil Constituttionnel, ancien Garde des Sceaux
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