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Quel doit être le rôle du ministère de l'Intérieur par rapport à l'institution policière  ?

Police : l'impossible réforme ?

32 min
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Le soutien de Gérald Darmanin l'illustre : il semble bien difficile, pour les ministres de l'Intérieur successifs, de transformer l'institution policière afin qu'elle ne soit plus accusée de violences et de racisme. Où se situent les blocages ?

Quel doit être le rôle du ministère de l'Intérieur par rapport à l'institution policière  ?
Quel doit être le rôle du ministère de l'Intérieur par rapport à l'institution policière ? Crédits : Denis Charlet - AFP

En juin 2019, un comité d'experts se réunissait au ministère de l'Intérieur pour réfléchir à une révision du Schéma national du maintien de l'ordre. Au mois de septembre suivant, Christophe Castaner disait n'avoir aucun tabou, être prêt à tout revoir. Nous voilà un an plus tard, toujours pas de nouveau schéma. Il est désormais annoncé pour la rentrée. Pas plus de Livre blanc de la Sécurité intérieure, pourtant en chantier également depuis de longs mois. Christophe Castaner n'est plus ministre. Son successeur, Gérald Darmanin, a dit mardi "s'étouffer" lorsqu'il entend parler de violences policières, mais des manifestations de grande ampleur ont eu lieu pour les dénoncer. 

Il y a quelques semaines, Jacques Toubon, avant de quitter ses fonctions de Défenseur des droits, a réitéré ses critiques sur les pratiques du maintien de l'ordre. Dénonciation aussi de comportements et propos racistes dans la police. Lundi encore, avec le témoignage recueilli par StreetPress d'un brigadier chef rapportant les insultes proférées par certains collègues au dépôt du TGI de Paris. Résultat : un mur de défiance entre une partie de la population et des forces de l'ordre qui se sentent injustement, globalement attaquées alors qu'elles travaillent avec des moyens insuffisants et sous une pression folle depuis des années. Police. L'impossible réforme ?

Un déni

Pour le commandant Nassim, qui intervient sous pseudonyme après 37 ans d'expérience au sein de la police nationale, le racisme, loin de concerner quelques cas particuliers, forme plutôt une réalité connue de toutes et tous parmi les forces de l'ordre. "Lorsque l'on parle de brebis galeuses, j'ai envie de parler de troupeau de brebis galeuses parce que c'est une réalité. Si vous demandez à une dizaine de policiers, ont-ils déjà connu des formes de racisme ? Ont-ils déjà assisté à une scène de racisme au sein d'un service de police ? C'est impossible que vous n'ayez pas 90 voire 100% de réponses positives puisque c'est une réalité." Pour autant, cette réalité, quand bien même parfois notifiée auprès de la hiérarchie policière, est rarement admise en-dehors de la "Maison". 

Nous sommes confrontés à une sorte de d'omerta. Je dirais même plus que ça : un déni. Un déni qui est lié au fait que si on ouvre cette boîte de Pandore, ça va avoir des répercussions. La structure, l'organisation même de la police sera remise en cause, tout comme la responsabilité de la hiérarchie.

Olivier Cahn, professeur de droit pénal à l'université de Tours et spécialiste de la politique de maintien de l'ordre préfère, lui, parler de "racisme endémique" au sein de la police nationale. Pour lui, les blocages liés à une possible réforme de l'institution sont surtout liés au risque politique qu'elle engendrerait :

La situation avance lentement parce que le gouvernement ne peut pas se permettre de déplaire à la police. La réforme de la police doit être avancée avec une extrême prudence, et on attend donc un moment qu'on estime opportun pour que la police ne réagisse pas violemment. Avec la rentrée qui s'annonce, il faut que la police soit parfaitement loyale à l'Etat. 

Pour le chercheur, le macronisme n'a pas de "doctrine politique de la police", une absence qui se fait remarquer depuis plusieurs années. "Je crois que ça fait très longtemps qu'on n'a plus de projet de réforme de la police, de réflexion sur la police. On peut considérer que le dernier projet de fond, c'est la loi sur la police de proximité. Ensuite, on a eu la police de Nicolas Sarkozy : "Vous n'êtes pas des assistantes sociales et il me faut du chiffre" pour montrer à la population que la police travaille. Ensuite, on a Manuel Valls dont l'idée consiste à montrer que la gauche n'est pas laxiste en matière de police. Mais c'est pareil, ce n'est pas un vrai projet de réforme. Ensuite, on a la période du terrorisme, des attentats, et on arrive à l'actuelle présidence. Et là, on peut dire que la sécurité est un impensé du macronisme."

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  • professeur de droit pénal à l'université de Tours et spécialiste de la politique de maintien de l'ordre, membre du CESDIP
  • Commandant de police

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