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Roberto Saviano

Roberto Saviano, l’homme qui ne sait pas se taire

43 min
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Parce qu’il n’a pas su se taire face aux crimes de la mafia italienne, il vit sous protection policière permanente depuis 2006.

Roberto Saviano
Roberto Saviano Crédits : Matthias Nareyek - Getty

Parce qu’il n’a pas su se taire face aux crimes de la mafia italienne, il vit sous protection policière permanente depuis 2006. Parce qu’il n’a pas su se taire face aux provocations populistes de Matteo Salvini, il risque de voir cette protection policière lui être retirée. Roberto Saviano ne sait pas se taire, et l’a déjà payé de sa liberté, peut-être un jour de sa vie. Et pourtant, Roberto Saviano continue son travail, et publie ce jeudi “Baiser Féroce”, la suite très attendue de son premier roman paru en 2018 dans lequel il continue à dépeindre l’emprise mafieuse sur l’Italie. Roberto Saviano ne sait pas se taire, mais peut-être est-ce parce que nous ne savons pas l’écouter. 

Une vie sous protection : 

Je continue à vivre sous protection. J’avais 26 ans quand j’ai commencé à vivre ainsi et maintenant, j’ai 39 ans.

Ce qui est paradoxal, c’est que je n’ai jamais reçu autant d’informations que maintenant, sur le monde criminel, parce que je suis devenu médiatique.

Le fait d’être vivant, pour une partie de la population, pour un certain monde, c’est comme si on était un imposteur, parce que la mort montre que ce que tu dis est vrai.

Pendant deux ans, le monstre Salvini a fait une propagande sur ma protection, comme si être escorté était un privilège, alors que pour moi, c’est un enfer.

Gouvernement Salvini :

Pour Salvini, j’utilise l’expression « Mala Vita », "le ministre de la mauvaise vie", celui qui manipule le consensus, l’opinion, et qui fonde l’opinion publique sur la rancune.

Pour le moment, il n’y a pas une vraie opposition au gouvernement Salvini. La gauche a perdu sa crédibilité pendant toutes ces années et il faudra beaucoup de temps pour l’acquérir à nouveau… J’ai vraiment le sentiment que les élections européennes vont apporter plus de consensus au ministre de l’intérieur (Salvini). Le mouvement 5 étoiles est un allié qui n’a pas vraiment d’identité. La propagande anti migrants était vraiment très utile au gouvernement.

Salvini indique ses ennemis tous les jours sur les réseaux sociaux… il oublie qu’il est le ministre de tout le monde.

La construction culturelle de ce gouvernement n'est plus antifasciste

La place des intellectuels :

La force des intellectuels est devenue très fragile aujourd’hui : on vend moins de livres, il y a la crise des journaux et la vitesse, la rapidité des nouvelles aujourd’hui… Normalement, le travail de l’intellectuel est de ralentir… il s’agit d’approfondir. Avec la vitesse, l’immédiateté, la perception de l’intellectuel en Italie est celle d’un manipulateur. Le livre est perçu comme un objet à risque, comme un objet qui peut manipuler celui qui le lit. 

Il y a des personnages, des personnes, qui se définissent comme des souverainistes, qui défendent l’identité, des nationalistes, qui sont un peu le sous-bois de la divulgation par le web. Ces personnes imitent parfois le langage des intellectuels, mais ce ne sont pas des intellectuels.

La mafia :

La mafia en Europe est composée d’organisations qui croient beaucoup dans les jeunes. Elles ouvrent un espace aux jeunes et peuvent les récompenser lorsqu’ils atteignent leurs objectifs. C’est une organisation jeune, parce que l’on meurt très jeune aussi.

Le vrai problème c’est que la Gomorra n’est pas démantelée, elle continue à suivre ce mécanisme gagnant. Ils (les mafieux) continuent à gérer les déchets, la grande distribution, le carburant… tous ces marchés sont soutenus par le narco trafic. C’est un peu comme s’ils avaient des filiales, des entreprises dopées par les narco trafiquants. 

L’objectif du mafieux est de commander et l’argent est une manière de traduire le pouvoir.

L’Etat, dans ces territoires, se présente uniquement avec la répression. La politique est ravie lorsque certains boss sont arrêtés ou certains assassins. Mais les choses ne fonctionnent pas de cette manière, il n’y a pas de vrai projet dans ces territoires…. Le salaire de ces jeunes, ceux qui y travaillent (dans les pâtisseries, les maçons..) est de 50 euros par semaine au noir, donc ce que l’organisation criminelle peu leur offrir représente trois fois plus.

Une grande partie du journalisme italien s’occupe de ces thématiques, en particulier, des biens confisqués à la mafia. Mais il y a un grand risque. Lorsqu’une entreprise est dans les mains des mafieux, c’est une entreprise très riche et dans les mains de l’Etat, elle fait faillite.

Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que les mafieux gagnent de l’argent à Naples, grâce à la drogue, mais ils investissent aussi en dehors, en Italie, en Espagne, en France aussi… les enquêtes réalisées par le passé nous ont amenés près de Paris, dans des magasins. 

Les histoires de mafia, les histoires criminelles, sont aimées partout dans le monde, car elles montrent la vie sans filtre et lorsque tu vois l’espoir d’un gosse, ou d’un groupe criminel, il n’est pas très différent de la manière de vivre d’un bureau, d’une autre famille, sauf que là, on tue. 

L’écriture, pour moi, est ma plus grande vengeance à ce que je subis.

L’audiovisuel public italien :

On continue de payer la redevance mais on prépare des coupes de financement à deux journaux et une radio qui, eux, ont une position critique vis-à-vis du gouvernement actuel. Aucun des gouvernements précédents n’avait fermé des organismes de ce genre parce que c’était le service public. 

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Bibliographie

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PiranhasRoberto SavianoGallimard, 2018

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