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Virginie Despentes en novembre 2015

Virginie Despentes : "Je suis une lectrice du roman du 19ème siècle"

18 min
À retrouver dans l'émission

La romancière est notre invitée pour parler du très attendu tome 3 des aventures de Vernon Subutex, sorte de "Comédie humaine" des années 2010, du côté des vaincus, portée par une écriture "à l'os".

Virginie Despentes en novembre 2015
Virginie Despentes en novembre 2015 Crédits : MOLLONA / LEEMAGE - AFP

Virginie Despentes est l'invitée des Matins à l'occasion de la publication de Vernon Subutex tome 3.

Elle explique comment s'est faite la rédaction de ce roman fleuve de 1500 pages.

J'ai un plan et je le change. J'ai une idée quand je commence, un plan avec une fin et puis ensuite je le change, il se met à évoluer. Je travaille avec d'autres plans qui évoluent, à un moment donné les plans sont obsolètes et je passe à d'autres. Ce qui est particulièrement agréable dans l'écriture c'est qu'on n'est limité par aucun budget. Donc si on décide d'un coup de passer de cinquante pages à mille cinq cents, c'est une question de temps et de travail.

Dans Vernon Subutex, la précarité est très présente mais selon l'écrivaine, "si on cumule toutes les marges dont il est question dans Vernon Subutex, on arrive à une petite majorité, je pense". Très présente aussi, la musique, rock, punk et pop.

Mon entrée dans la vie adulte, ça a été à travers la culture punk, c'est vrai.

Sur l'impact de cette culture punk dans son écriture, voilà sa réponse :

Dans l'écriture j'imagine, je l'espère..., quelque chose d'assez direct, d'assez rapide. Je crois qu'on se rend compte que je ne suis pas passionnée par la belle phrase, par la phrase élégante, je trouve ça bien chez les autres, mais chez moi vraiment je m'en fous. [...] Chez plein de groupes punk, c'est quatre accords, c'est très simple, mais il y a un son, il y a une structure de morceau, il y a une idée, une mélodie, il n'y a pas que la simplicité et la brutalité mais il y a quelque chose d'efficace comme si on cherchait l'os, ça ne veut pas dire qu'on le trouve mais l'idée c'est quand même d'essayer de toucher l'os tout le temps.

Selon elle, de toute façon , "le punk est devenu très mainstream, parce qu'il y a un côté No Future, et on l'a tous maintenant. On sait quelque part que peut-être demain tout s'arrête." D'autre part, en tant qu'écrivain punk, c'est  "le vaincu, l'humilié, le moins-que-rien, le raté" qui l'intéressent.

Sur internet en général comme c'est très rapide, il y a une prime à la haine et la colère. [...] La parole de haine est celle qui va le plus vite, celle qui porte, qui fédère le plus de réactions, c'est celle vers laquelle on est le plus attiré sur internet, c'est la plus rapide, la plus vivante, c'est encore mieux que du porno, la haine. Mais c'est une forme de pornographie de la pensée. Internet a permis une réelle explosion des paroles de haine.

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