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Le professeur d'éthique médicale et Président du Conseil pour l'éthique de la recherche et l'intégrité scientifique de l'Université Paris-Saclay, Emmanuel Hirsch.

Emmanuel Hirsch : "Il faut rendre la société co-responsable de la gestion de la pandémie"

28 min
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Alors que la campagne de vaccination a commencé dimanche dernier et que la stratégie du gouvernement est critiquée, le professeur d'éthique médicale et Président du Conseil pour l'éthique de la recherche et l'intégrité scientifique de l'Université Paris-Saclay, Emmanuel Hirsch.

Le professeur d'éthique médicale et Président du Conseil pour l'éthique de la recherche et l'intégrité scientifique de l'Université Paris-Saclay, Emmanuel Hirsch.
Le professeur d'éthique médicale et Président du Conseil pour l'éthique de la recherche et l'intégrité scientifique de l'Université Paris-Saclay, Emmanuel Hirsch.

"Il ne fallait pas aller trop vite, mais il faut aller plus vite. Je ne laisserai pas, pour de mauvaises raisons, une lenteur injustifiée s'installer", a dit lors de ses vœux jeudi soir Emmanuel Macron, à propos de la campagne de vaccination. Celle-ci va donc s'accélérer dès lundi. Les soignants de plus de 50 ans qui le souhaitent pourront être vaccinés, alors que cela n'était prévu qu'à partir de février. Certains voudraient aller plus vite encore. Au-delà des problématiques logistiques, cette séquence illustre une nouvelle fois le difficile exercice de la responsabilité politique en temps de pandémie : quelles mesures, quels choix, en fonction de qui, de quoi ? 

Emmanuel Hirsch est professeur d'éthique médicale à l'Université Paris-Saclay, où il préside aussi le Conseil pour l'éthique de la recherche et l'intégrité scientifique. Emmanuel Hirsch dirige aussi l'Espace de réflexion éthique de la région Ile-de-France, est à l'origine de l'initiative "Éthique et pandémie" et a dirigé l'ouvrage Pandémie 2020. Ethique, société, politique, publié en octobre aux Éditions du Cerf. Son prochain essai, La démocratie confinée, chroniques éthiques d'une année de pandémie, sortira prochainement aux éditions Eres. 

Le choix qui a été fait de privilégier les Ehpad posait déjà le problème du consentement et le problème de structures, qui sont déjà saturées de difficultés dans l'accueil des familles, dans la prise en soin des personnes. Très concrètement, je pense que les soignants devraient être privilégiés. C'est une question politique qui aurait pu être débattue : est-ce qu'un professionnel de santé qui intervient auprès des plus vulnérables, susceptible de transmettre le virus, a l'autorisation, ou pas, d'intervenir sans être vacciné ? Toutes ces questions de responsabilité individuelle dans une situation exceptionnelle ne sont plus opposables parce que le gouvernement est arrivé aux limites de l'acceptabilité sociale.  

Après un an de pandémie, si on n'a pas compris comment gouverner une pandémie, c'est-à-dire en associant la société, en la rendant co-responsable, on échoue par nature. Et là, il y a un échec qui est dramatique. La démocratie en santé, la fameuse loi Kouchner de mars 2002, devait être la référence, en associant les associations de personnes malades ou la Conférence nationale de santé à la décision, et cela n'a jamais été fait : vous avez un gouvernement, en solitaire dans un conseil, qui prend des décisions comme si c'étaient des décisions politiques secrètes. 

Nous avons maintenant besoin d'un débat mature. Il faut prendre des initiatives au niveau du Parlement, des différentes instances représentatives pour qu'il y ait du débat. Nous avons besoin de parole, besoin d'échanger, sur ce qui est essentiel par exemple. Nous avons aussi besoin, et c'est fondamental, d'admettre ce que va être la société du risque à laquelle nous allons être confrontés dans les années qui viennent. Et il n'y a pas que le risque d'une pandémie : le risque nucléaire, bactériologique, chimique, terroriste existe aussi. Donc il faut intégrer une culture de l'exposition à des risques, et discuter dans ce cadre de ce que l'on accepte et ce que l'on n'accepte pas, ce qui est proportionné, ce qui n'est l'est pas.

Pour aller plus loin : 

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  • Professeur d'éthique médicale à la faculté de médecine de l'université Paris-Sud
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