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Frédéric Sawicki, professeur de sciences politiques à l'Université Paris 1-Sorbonne.

Frédéric Sawicki : "L’absence de leadership à gauche incite les formations à exacerber leurs différences"

25 min
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Alors que Yannick Jadot et différents leaders des partis de gauche se rencontrent ce week-end en vue d'un potentiel rassemblement, comment la gauche se porte-t-elle à un an de l'élection présidentielle ? Avec Frédéric Sawicki, professeur de sciences politiques à l'Université Paris 1-Sorbonne.

Frédéric Sawicki, professeur de sciences politiques à l'Université Paris 1-Sorbonne.
Frédéric Sawicki, professeur de sciences politiques à l'Université Paris 1-Sorbonne. Crédits : Frédéric Sawicki

"Se parler franchement, clarifier les divergences et se mettre d'accord sur une perspective pour construire un rassemblement". Voilà l'objectif fixé par Yannick Jadot, à l'origine d'une réunion des formations de gauche, aujourd'hui à Paris. En ligne de mire, l'élection présidentielle, évidemment. Mais selon le député européen Europe-Ecologie-Les Verts, il faut "un pacte de législature. La question d'une candidature commune viendra après". De fait, déterminer ce dont il s'agit de discuter constitue déjà un possible point de désaccord. 

Au-delà des stratégies, quels mouvements, quelles évolutions pour une gauche, des gauches qui se voient déjà promettre les pires scénarios par les enquêtes d'opinion ? Frédéric Sawicki est professeur de science politique à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Membre du comité de rédaction de la revue Politix revue des sciences sociales du politique, Frédéric Sawicki a beaucoup travaillé sur le PS. Son dernier livre, paru aux Presses universitaires de France, a été écrit avec Igor Martinache et s'intitule La fin des partis ?

Le Parti socialiste, jusqu'en 2017, était le pôle dominant autour duquel se faisaient les positionnements, mais aussi les accords politiques. Après sa disparition en tant que parti hégémonique, celui-ci n'a pas été remplacé. Il y a donc aujourd'hui trois pôles qui sont sur des bases électorales stables assez faibles : le noyau dur, c'est probablement entre 5 et 10%, selon les forces politiques. Et on voit bien que cela varie beaucoup d'une élection à l'autre. En conséquence, il n'y a personne pour mener la discussion, pour faire des propositions et conduire légitimement à une candidature, à un projet. Cela attise en conséquence les petites différences. C'est-à-dire que chacun essaye de prendre le leadership et, dans cette logique-là, il faut insister sur ce qui divise et pas sur ce qui rapproche. 

Aujourd'hui, 25 % des gens se reconnaissent plus ou moins de gauche, même s'il y en a sans doute un peu plus à se reconnaître sur des valeurs comme l'égalité ou la justice sociale. Mais fondamentalement, l'hégémonie idéologique est aujourd'hui plutôt du côté du libéralisme et de l'autoritarisme. Donc, à partir de là, qu'est ce qu'on veut ? Si, par miracle, un candidat de gauche parvenait au deuxième tour, il arriverait probablement avec moins de 20 % des voix. Au deuxième tour, il serait alors obligé de toute manière d'élargir sa majorité et donc de faire des compromis. Je pense donc qu'il vaut peut-être mieux, simplement, faire les compromis maintenant que d'escompter éventuellement un miracle électoral.

Ce que je vois dans le débat public me stupéfie : il n'y a pas un discours ou des discours de gauche très clairs sur les causes du mauvais bilan de la France en matière sanitaire. On aurait pourtant les moyens de faire de la pédagogie.  On pourrait expliquer que le libéralisme et le néo-management sont au coeur de la crise de notre système hospitalier, que la Covid se traduit par un accroissement des inégalités sociales, que les professions les plus exposées sont aussi les plus touchées, que le chômage frappe en priorité les jeunes précaires. Au lieu de ça, on a l'impression qu'on attend l'élection présidentielle. Ce faisant, on laisse s'installer l'idée qu'il y a sans doute des erreurs du gouvernement, des maladresses, mais que ces erreurs et ces maladresses seraient non-structurelles, qu'elles tiendrait aux hommes. 

Pour aller plus loin : 

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  • Professeur de science politique à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne
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