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L'économiste Jean Pisani-Ferry

Jean Pisani-Ferry : "Il faut se donner comme objectif d’effacer totalement les traces de la crise"

29 min
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L'économiste Jean Pisani-Ferry, ex-artisan du programme économique d'Emmanuel Macron et professeur à Science-Po, appelle le gouvernement dans une note co-signée avec Olivier Blanchard à muscler le plan de relance de la France pour mieux répondre aux répercussions économiques de la crise sanitaire.

L'économiste Jean Pisani-Ferry
L'économiste Jean Pisani-Ferry Crédits : Christophe Simon - AFP

Alors que les restrictions sanitaires sont progressivement levées, que la vaccination s'accélère, faut-il et comment compléter, prolonger le plan de relance de 100 milliards d'euros mis au point en septembre dernier ? Emmanuel Macron a lui même évoqué un deuxième temps de la relance dans son interview à la presse quotidienne régionale, le 29 avril. Mais Bercy serait, dit-on, plus frileux, décidé d'abord à bien dépenser les 100 milliards en question et préférant septembre prochain pour faire le point en fonction de l'été que nous aurons passé. 

Jeudi, deux économistes ont apporté leur contribution à ce débat naissant dans une note publiée par le groupe d'études géopolitiques sur le site du Grand Continent : l'ex-chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, l'économiste Jean Pisani-Ferry, notre invité ce matin. Jean Pisani-Ferry est par ailleurs professeur à Sciences-Po. Artisan du programme économique d'Emmanuel Macron en 2017, l'économiste vient donc de co-signer cette note intitulée Une stratégie économique contingentes pour la prochaine phase. 

Sur la question de la relance, la comparaison avec les Etats-Unis ne tient pas. Le premier plan Biden, en effet, est vraiment un substitut aux faiblesses de l'Etat social américain et les suivants sont en partie un rattrapage, ou un effort de rattrapage, de ce que nous faisons en Europe sur les questions d'accès à la santé ou à l'éducation par exemple. Après, l'état d'esprit de l'administration Biden est de se dire que la crise ne doit pas laisser de traces. Et c'est important, car ce n'est pas une crise économique, une crise de dysfonctionnements dans nos systèmes économiques et financiers, : c'est une crise qui vient complètement de l'extérieur et qui, à un moment donné, on l'espère, va disparaître. Et la question, à ce moment-là, est : jusqu'où rebondit-on ? Je pense qu'il faut prendre comme objectif celui d'effacer totalement les traces de cette crise.

Nous proposons un plan de soutien immédiat de 5 milliards. L'idée est de dire qu'il y a des ménages qui ont subi très gravement les effets de cette crise : les ménages du bas de la distribution des revenus, les précaires, les nouveaux entrants sur le marché du travail, les étudiants n'ont pas gagné ni accumulé. Il s'agit donc de soutenir leurs revenus : on est sûr que cet argent sera dépensé. Cela donnera un peu ce petit coup d'accélérateur, en comptant sur le fait que ceux qui ont gardé de l'épargne vont se mettre à la dépenser. Il s'agit d'une première cartouche. Et puis, si on voit à la rentrée que la dynamique est trop faible, il faut tirer une deuxième cartouche, en remettant 5, 10 milliards dans la machine. Cela ne sera peut-être pas nécessaire, mais il faut garder la capacité de le faire. Ce, pour éviter de tomber dans un cercle vicieux dans lequel le marché se dégrade, les gens sont inquiets pour l'emploi et continuent de garder leur épargne. 

Aujourd'hui, 15 % des salariés en chômage partiel se forment. C'est une énorme occasion perdue puisque ces salariés ont eu des semaines, des mois où ils n'ont pas été en emploi. Si ce temps avait été utilisé davantage pour se former, tout le monde s'en trouverait probablement mieux. En même temps, ce taux de 15% est bon par rapport aux autres pays : on n'a pas utilisé, en Europe et ailleurs, cette crise pour faire des efforts de formation. Donc, la France a fait plutôt mieux fait qu'ailleurs. Maintenant, je pense qu'il faut accélérer parce que, à la sortie de cette crise, beaucoup d'emplois vont probablement disparaître et d'autres emplois vont se créer. Aux Etats-Unis, par exemple, on observe une situation très bizarre : il y a à la fois un niveau d'emploi qui reste bas et des difficultés de recrutement. Le marché du travail est en train de se transformer, ce qui implique de faire beaucoup d'efforts pour accompagner les salarié et organiser leur reconversion. 

Pour aller plus loin : 

Le choix musical de Jean Pisani-Ferry : 

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Intervenants
  • économiste, professeur à Sciences Po, ancien commissaire général de France Stratégie
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