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Photographie de femmes réalisant des masques

Lutte contre le Covid-19 : les femmes en première ligne ?

22 min

Occupant une grande partie des postes à risques et devant se charger d'une grande part du travail domestique, les femmes se retrouvent en première ligne face à l'épidémie. Dès lors, peut-on penser que la crise aggrave les inégalités hommes-femmes ?

Photographie de femmes réalisant des masques
Photographie de femmes réalisant des masques Crédits : GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP

Infirmières, aides-soignantes, assistantes maternelles, femmes de ménage, caissières : la crise sanitaire a mis en lumière l'importance des femmes dans les métiers du soin et de la vente, essentiels durant les huit semaines de confinement. L'OCDE souligne qu'elles sont plus exposées au virus car représentant 70% du personnel soignant, et qu'elles effectuent la plus grosse part du travail domestique. Peut-on dire que les femmes sont en première ligne dans la crise provoquée par cette pandémie ? 

Notre invitée est Camille Froidevaux-Metterie, philosophe, autrice de “La révolution du féminin” publié chez Gallimard et “Seins : en quête d’une libération” paru aux éditions Anamosa.

Les femmes particulièrement exposées

"La crise a fonctionné comme un miroir grossissant, venu mettre en lumière un certain nombre de problématiques féministes, du coté de la vie privée mais aussi sociale".

Pour la sphère domestique, je pensais que ça pouvait être une chance, que cela pourrait provoquer une prise de conscience, notamment par l'observation de ce que représentent les charges domestiques pour les femmes. En réalité, cet espoir a été douché. 

Charges éducative et émotionnelle 

"Les normes genrées pèsent lourdement car ces rôles ont été intériorisés. Un autre facteur est déterminent : la pression extérieure à la conformité genrée. La société attend des femmes qu'elles soient totalement dévouées, elles n'ont guère de choix, ne serait-ce que pour s'épargner les conséquences négatives du jugement"

Des cohortes de femmes, qui assurent les métiers du soin et du service, ont été obligées de continuer à travailler parfois au risque de leur vie. Il ne faut pas se contenter d'une prime. 

Vers une revalorisation des métiers du care ?

"Il faut une revalorisation des salaires pérenne, une volonté politique forte".

Les femmes étant considérées naturellement disposées à prendre soin des autres, quand elles mettent cette aptitude au service du public, elles ne feraient pas montre d'une compétence mais d'une disposition considérée comme innée. On peut espérer une forme de revalorisation sociale et salariale.

"Ces professions ultra-féminisées ont en commun de faire le lien entre les personnes, par la force des sentiments. La notion de charge émotionnelle s'est révélée : les femmes sont considérées responsables du bien-être de leur proche".

En plus du travail quotidien des infirmières et aide-soignantes, on attend d'elles, par des mots et des gestes adéquats, qu'elles contribuent au bien-être émotionnel des patients et des personnes âgées.

Coup de projecteur sur les violences domestiques

"La crise a jeté un coup de projecteur. Les chiffres n'ont cessé d"augmenter. Cela concerne environ 200 000 femmes en France. Et bien plus d'enfants".

Parmi les dispositions généralement mises en oeuvre, certaines doivent être travaillées davantage. Il y a un appel à ce que ce soit les hommes et non pas les femmes qui quittent le domicile conjugal en cas de violences.

Réfléchir a un agenda féministe de sortie de crise

"Quand la crise est apparue, nous étions dans une période intensive de mobilisation féministe sur la question des violences conjugales et sexuelles. Il est important que nous restions mobilisés.

Il y a une urgence féministe à penser et à anticiper la situation des femmes durement touchées.

"Le combat le plus difficile est d'essayer de modifier en profondeur les représentions communes. Comment faire pour que l'égalité dans la sphère domestique soit aussi valorisée que l'égalité au travail ? Parmi les ressorts importants, il y a notamment la question du congé paternité, très court en France. 

Beaucoup de chercheurs travaillent dans une perspective intersectionnelle, à mettre en évidence que les inégalités femmes-hommes recouvrent aussi les inégalités intra-féminines. La réussite d'un certain nombre de femmes se fait grâce au dénouement d’autres femmes. Il y a un entremêlement de facteurs qui contribue aux inégalités.

Intervenants
  • philosophe féministe, professeure de science politique et chargée de mission égalité-diversité à l’Université de Reims Champagne-Ardenne
L'équipe
Production
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Réalisation

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