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Checkpoint à Kaboul le 16 août

Afghanistan l'onde de choc. Avec Bertrand Badie

29 min
À retrouver dans l'émission

Nous recevons Bertrand Badie pour revenir sur les conséquences géopolitiques de la chute de Kaboul dimanche dernier.

Checkpoint à Kaboul le 16 août
Checkpoint à Kaboul le 16 août Crédits : WAKIL KOHSAR / AFP - AFP

Nous recevons Bertrand Badie pour analyser les conséquences et les répercussions sur la scène internationale de la chute de Kaboul dimanche dernier. La prise de pouvoir des Talibans est-elle à classer parmi les grands tournants de l’Histoire, ou est-ce plutôt l’aboutissement logique d’une guerre civile de 40 ans. Quelles sont les raisons profondes de la déconvenue américaine en Afghanistan ?

Bertrand Badie est politiste, spécialiste des relations internationales et professeur émérite à Sciences Po Paris. Il publie en septembre chez Odile Jacob Les Puissances Mondialisées. Repenser La Sécurité Internationale.

Un échec prévisible

Si Bertrand Badie partage l'opinion d'un effondrement prévisible du gouvernement afghan pro-américain, il se dit en revanche étonné des revirements qu'il a provoqué dans la parole du président américain, passant du refus de l'hypothèse du renversement de pouvoir à un cynisme désabusé.

Il s'est passé cette fois-ci en Afghanistan ce qui se passe toujours dans ce genre de situations, c'est-à-dire que lorsqu'une puissance se retire, on découvre une situation qui est la situation réelle. (..) Toute intervention extérieure aboutit toujours à un échec.

Le discours de Joe Biden selon lequel la mission américaine n'aurait eu pour seul but qu'à empêcher un sanctuaire djihadiste à risque pour l'Occident en Afghanistan ne dit pas tout, selon Bertrand Badie :  

Cette intervention américaine en Afghanistan a commencé en octobre 2001 et en pleine ambiance néoconservatrice dans cette idée de bâtir ce que le président de l'époque, George W. Bush, appelait le Greater Middle East, c'est-à-dire ce Moyen-Orient qui serait pacifié parce que démocratisé et passé à l'eau de Javel démocratique occidentale. Et l'idée était bien là, c'est-à-dire universaliser ce modèle démocratique pour taire les problèmes. 

La stratégie subvertie par les pressions sociales

Les interventions extérieures n'en seraient pas moins en réalité une simple feuille de vigne cachant les pressions sociales au sein du pays occupé : 

Quand la puissance se retire, c'est la société qui apparaît, c'est-à-dire une société afghane dans son effroyable complexité, dans ses souffrances, ses impasses et ses problèmes. 

On voit que dès que des secteurs, des pans, des aspects de la société ne sont pas prises en compte par le pouvoir public, ils viennent se réveiller de manière souvent violente, anarchique, désordonnée. 

La vision "campiste" des pays occidentaux héritée de la Guerre Froide ferait aujourd'hui face à une diplomatie plus flexible :

Face à cela, vous avez des diplomaties qui sont en train de se construire, qui sont loin d'être vertueuses, mais qui sont probablement plus malignes et que j'appellerais des "catch-all diplomacies", c'est-à-dire une diplomatie attrape-tout qui consiste à dire "nous sommes dans un monde tel qu'il est, il faut établir des relations diplomatiques avec tout le monde, transiger et essayer d'aller le plus loin possible." (..) Monsieur Wang Li, le ministre chinois des Affaires étrangères chinois, avait ainsi reçu le mollah Baradar à Pékin. 

La domination des affaires internationales par un "gendarme international" tel les Etats-Unis serait inadapté à des enjeux transversaux :

Entretemps, les paramètres de la sécurité se sont inversés, ce qui menace la sécurité aujourd'hui et avant tout, ce sont de grands enjeux sociaux globaux. N'oublions pas que la faim dans le monde, ça fait 9 millions de morts par an selon l'OMS. Le changement climatique, ça fait 8 millions de morts par an, et surtout, on voit s'exprimer sur la scène internationale des sociétés dans leur étonnante diversité, dans leur complexité et dans leur souffrance. 

Chroniques
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Journal de 8 h
Afghanistan : la prise de pouvoir des talibans vue par des Afghans à Calais
Intervenants
  • Politiste, spécialiste des relations internationales, professeur émérite des universités à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI)
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