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La délégation talibane menée par Anas Haqani négociant avec l'ancien président Karzaï à Kaboul le 18 août

Afghanistan, quel pouvoir taliban ? Avec Olivier Roy

29 min
À retrouver dans l'émission

Nous recevons le spécialiste de l'Islam et de l'Afghanistan Olivier Roy pour revenir sur les évènements en cours en Afghanistan et essayer de comprendre la forme que prendra le régime taliban à Kaboul.

La délégation talibane menée par Anas Haqani négociant avec l'ancien président Karzaï à Kaboul le 18 août
La délégation talibane menée par Anas Haqani négociant avec l'ancien président Karzaï à Kaboul le 18 août Crédits : Crédit Islamic Emirate of Afghanistan / AFP - AFP

Alors que les talibans commencent à installer leur nouveau régime à Kaboul, nous recevons Olivier Roy pour nous interroger sur quelles bases sera fondé ce nouveau pouvoir. Les insurgés parviendront-ils à fonder un Etat crédible en Afghanistan? Comment la charia sera-t-elle appliquée en Afghanistan ? 

Avec Olivier Roy, politologue spécialiste de l’islam, directeur de recherche au CNRS et  professeur à l’Institut universitaire européen de Florence.

Un avenir résolument taliban en Afghanistan

Huit jours après la prise de Kaboul par les insurgés talibans, plus de 30.000 personnes ont déjà été évacuées d'Afghanistan. La situation reste très volatile à l'aéroport, alors qu'un nouveau front pourrait s'ouvrir au Pandshir, dernière poche de résistance. Un mouvement de résistance qui pourrait cependant manquer de soutien populaire :    

Je pense que dans la population, il n'y a pas forcément d'unanimité sur la question de la résistance. L'autre question, c'est les négociations qui se déroulent certainement en coulisses. Quand on regarde l'équipe des gens de Massoud qui quittent Kaboul, on voit que les seuls étant retournés sont ceux qui sont originaires du Pandshir. Olivier Roy

Pour Olivier Roy, il ne fait aucun doute que les taliban veulent avoir le monopole du pouvoir : 

Pouvoir inclusif, ça veut dire ajouter des gens dans le gouvernement qui ne font pas partie des taliban. Mais ce ne sera pas un gouvernement de coalition. Ils vont prendre des gens du Nord, peut-être même une femme, inclure les chiites, etc, mais ce sera un gouvernement taliban. Olivier Roy

Si des différences d'opinion ont existé, cela ne signifierait pas que les taliban seraient minés par la division : 

Le groupe des taliban, c'est un groupe collectif. Ils ont des divergences, mais ils ont toujours travaillé en équipe sous la direction d'un personnage plus ou moins charismatique. Et je crois que cette collégialité va continuer, donc le problème, ce ne sera pas tellement de chercher des nuances entre telle ou telle branches des talibans. Olivier Roy

Le mouvement taliban en quête de légitimité

Pour Olivier Roy, les taliban ont tiré les leçons de vingt années passées à l'ombre du pouvoir : 

Les talibans ont perdu le pouvoir sur une faute de mollah Omar, qui était d'avoir donné l'asile à Ben Laden. Et maintenant, au bout de 20 ans, ils ont repris le pouvoir. Je crois qu'ils vont être prudents, car leur objectif, c'est de garder le pouvoir. Olivier Roy

L'Afghanistan est un pays enclavé, pauvre. Ils ont besoin de frontières plus ouvertes, ils ont besoin de coopération internationale, donc ils vont donner des garanties internationales. Ce n'est pas un problème pour eux, ils n'ont jamais été des djihadistes globaux, donc pour eux, ce n'est pas une concession idéologique de s'engager. Olivier Roy

Le pouvoir confronté à une nouvelle société 

Pour Olivier Roy, des incertitudes persistent sur la place des femmes dans l'Afghanistan de demain, qui ne sera cependant pas la même que sous le premier régime taliban entre 1996 et 2001 :

Je crois qu'ils vont, en tout cas pour Kaboul, autoriser un ensemble de choses. Ils vont autoriser les écoles. Peut-être les lycées et peut être l'université. S'ils maintiennent l'université, ils sont effectivement dans un grand progrès par rapport à eux-mêmes, pas par rapport aux acquis qu'ont les femmes de Kaboul en ce moment. Olivier Roy

Les taliban vont d'ailleurs devoir appréhender les risques de conflits entre les populations éduquées des centres urbains et des jeunes militants issus de milieux ruraux :  

Les taliban ont intérêt à contrôler leurs troupes. On a des milliers d'incels (célibataires involontaires ndlr.) qui se promènent dans les rues de Kaboul. Les taliban ont le sens de la discipline, mais il suffit d'un débordement, et les choses peuvent d'un seul coup être hors de contrôle. Olivier Roy

Il ne faut pas néanmoins sous-estimer la capacité des talibans à mener des processus de négociation :

Simplement, ils prennent leur temps. Ils négocient, c'est toute la technique des talibans. Ça a été la négociation, c'est-à-dire quand une bataille va commencer, elle est déjà gagnée, parce qu'ils ont négocié avant et du coup, la bataille n'a pas lieu.  Olivier Roy

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  • politologue spécialiste de l’islam, professeur à l’Institut universitaire européen de Florence (Italie)
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