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Grenouille du Costa Rica

A l’aube de la sixième extinction, plaidoyer pour le vivant avec Bruno David

42 min
À retrouver dans l'émission

Comment les crises précédentes peuvent-elles nous éclairer sur la crise environnementale actuelle ? Ce matin, nous recevons Bruno David, Président du Muséum national d’Histoire naturelle, paléontologue et biologiste.

Grenouille du Costa Rica
Grenouille du Costa Rica Crédits : Getty

2020 devait être un tournant pour la lutte contre le réchauffement climatique, cinq ans après l’accord de Paris. Puis la pandémie a frappé. Cette nouvelle année s’accompagne de nombreuses attentes, que devrait couronner la 26e conférence COP26, qui se tiendra en Ecosse en novembre 2021. Et si ce n’est pas encore trop tard, il y a urgence : 2020 fait partie des des années les plus chaudes jamais enregistrées. Virus et biodiversité, même combat ? Comment les crises précédentes peuvent-elles nous éclairer sur la crise environnementale actuelle ? Comment éviter une sixième extinction  ? 

Bruno David, président du Muséum national d’Histoire naturelle. Paléontologue et biologiste marin de formation. Auteur de “A l’aube de la sixième extinction. Comment habiter la terre” (Grasset, 2020)

Le mécanisme d'extinction des espèces est-il naturel est consubstantiel à l'évolution de la planète ? 

Les espèces s'éteignent et d'autres espèces apparaissent. Cela se produit dans un flux, une transformation du vivant qu'on appelle l'évolution biologique. Mais ça se fait à un rythme relativement lent, par rapport au rythme de nos sociétés humaines. L'espèce se différencie en dix mille à cent mille ans à peu près. Le problème d'aujourd'hui, c'est qu'on fait éteindre des espèces ou qu'on fait décliner un certain nombre d'espèces à un rythme considérablement plus rapide que celui des temps passés. 

La biosphère n'est pas adaptée à des changements de cette vitesse. Elle n'a pas le temps de migrer, de s'acclimater, d'évoluer. La vie n'est pas dans un système de vitesses compatible avec son évolution et avec son acclimatation à ces changements

La disparition des dinosaures

L'extinction a été relativement progressive, le déclin des dinosaures s'est pendant plus de 5 millions d'années avant l'extinction finale. Cette crise de la fin du crétacé est marquée avant tout par d'énormes épanchements volcaniques qui vont s'étaler sur plusieurs millions d'années et qui ont émis de nombreux gaz dans l'atmosphère et a conduit à une transformation totale du climat. _L_a chute de la météorite à la fin du crétacé vient donner le coup de grâce, les dinosaures étaient déjà en déclin. 

L'aube de la sixième extinction

Elle touche un peu toutes les espèces. Certaines se sont déjà éteintes mais il n'y a pas tant que ça d'espèces qui sont réellement éteintes dont on a pu constater la disparition, à l'image du dodo de l'Île Maurice, par exemple. On est sur 2 3% de disparitions. En revanche, on a beaucoup de déclin, c'est-à-dire qu'il y a des diminutions d'abondance. Et ces diminutions d'abondance sont très inquiétantes parce que in fine, ça aboutit à une extinction.

Moins de hérissons, plus de sangliers

Il y a un déclin des mammifères, de toutes sortes d'espèces. Il y a moins de hérissons, par exemple, et ça paraît surprenant. Si vous êtes un petit peu observateur, vous vous rendrez compte qu'il y a moins de hérissons écrasés le long des routes. Il y a plusieurs hypothèses. Soit les hérissons ont appris à traverser de manière prudente, soit les automobilistes font attention aux hérissons et contournent les hérissons, soit il y a simplement moins de hérissons dans les campagnes. Je penche pour cette troisième hypothèse.  

Il y a par exemple de plus en plus de sangliers parce qu'il n'y a pas de prédateurs des sangliers.  

On introduit des espèces qui vont entrer en compétition avec d'autres et ça va créer des ravages chez les espèces locales. On a le cas avec des tas de petits crustacés d'eau douce, avec les écrevisses... Il y a une multitude d'exemples. Et c'est souvent parce qu'on amène finalement un bourreau aux victimes locales. Mais il y a aussi le cas inverse où on peut amener la victime à un nouveau bourreau.

Il est encore temps d'agir

La vie est très résiliente. Elle a une capacité de réagir. Tant qu'on n'a pas dépassé un certain seuil - parce qu'une fois qu'on a dépassé un certain seuil, c'est très difficile de revenir en arrière, voire totalement impossible - on a droit à l'erreur, en quelque sorte. On peut avoir des cicatrisations très importantes de la biodiversité localement. Et ça, c'est très encourageant parce que ça veut dire que si on fait quelque chose, ça va assez vite.  

Il faut travailler sur les facteurs de pression qu'on exerce sur la biodiversité. Parmi ces facteurs de pression, il y a une surexploitation des ressources. Si on parle de l'océan, par exemple, il faut moins prélever de ressources océaniques. On voit bien l'effet que cela a quand on fait des moratoires sur la pêche au thon rouge en Méditerranée, ils reviennent et c'est intéressant aussi pour les pêcheurs parce qu'on voit qu'on arrive à réguler le système.

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  • Paléontologue et biologiste, président du Muséum national d'Histoire naturelle
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