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Des combattants talibans sur un véhicule de l'armée afghane à Kandahar le 13 août 2021.

Afghanistan : la débâcle. Avec Georges Lefeuvre, Frédéric Encel

19 min
À retrouver dans l'émission

Le point sur la situation en Afghanistan où les talibans sont dans Kaboul, tandis que le président Ashraf Ghani a quitté le pays.

Des combattants talibans sur un véhicule de l'armée afghane à Kandahar le 13 août 2021.
Des combattants talibans sur un véhicule de l'armée afghane à Kandahar le 13 août 2021. Crédits : AFP - AFP

Les talibans mènent une offensive éclair qui a pris tout le monde de court en Afghanistan. En quelques semaines, les insurgés ont pris le contrôle des principales villes du pays et ont fini par prendre Kaboul ce dimanche 15 août. La situation est extrêmement volatile et le bilan humanitaire s'alourdit. 

Pour en parler, nous recevons Georges Lefeuvre, anthropologue, chercheur associé à l'IRIS, spécialiste e l'Afghanistan et du Pakistan, ancien conseiller de l’Union européenne au Pakistan et Frédéric Encel, docteur en géopolitique, maître de conférences à Sciences Po, auteur notamment de « Les cent mots de la guerre » (PUF 2020) et de "Atlas des frontières” à paraître début septembre aux éditions Autrement.

Panique à Kaboul

A Kaboul ce matin, des civils désemparés cherchaient des endroits en sécurité. A l'aéroport, une foule énorme a envahi le tarmac, tandis que les Occidentaux rapatriaient leurs ressortissants et anciens collaborateurs.   

La chute de Kaboul, elle, s'est faite sans violence, renvoyant à la stratégie talibane selon Georges Lefeuvre

Ce n'était pas l'intérêt des Talibans de faire couler le sang à Kaboul, puisqu'il y a quand même 6000 soldats américains qui sont là pour faire l'évacuation de l'ambassade et donc prendre le risque d'un conflit armé maintenant, c'est prendre le risque de faire couler le sang pour absolument rien. Georges Lefeuvre

Les raisons de la déroute

Cette semaine, les villes de province tombaient l'une après l'autre, presque sans combat. Comment expliquer cette débandade de l'armée afghane ?

Face à eux, vous aviez toute une série de soldats qui, pour certains, faisaient d'abord allégeance à leur clan, à leur tribu, à leurs familles. Et ça, c'est un grand classique de l'Afghanistan. Il faut toujours rappeler que la conscience nationale afghane est extrêmement faible et qu'on prête d'abord allégeance à son groupe ethno-confessionnel ou tribal. Frédéric Encel

Le président et l'ensemble du gouvernement, d'ailleurs, disposaient d'une aura ou d'un prestige à peu près nuls dans la population, pour une raison qu'on connaît bien, malheureusement, depuis presque 20 ans, à savoir la corruption institutionnalisée. Et par ailleurs, ce président était considéré comme l'homme des Américains, lui qui d'ailleurs avait vécu pendant de très nombreuses années aux Etats-Unis. Frédéric Encel

S'y ajoute la peur de représailles talibanes, après cinq années de règne par la terreur entre 1996 et 2001 pour les femmes, les Chiites et les hazaras afghans.

Quel régime pour l'Afghanistan des Talibans ? 

Le principal négociateur, Abdul Ghani Baradar, est quand même le co-fondateur des Talibans en 1994 avec le mollah Omar. De ce point de vue là, ont ils changé ? Non. Georges Lefeuvre

Si leur but est d'installer un émirat à visage humain, et en plus, avoir une reconnaissance internationale, ils ne peuvent plus se permettre d'avoir la même brutalité. Ils sont habitués maintenant à négocier dans des palais internationaux, que ce soit à Moscou, à Téhéran ou ailleurs. Georges Lefeuvre

Ce que l'on pouvait craindre, c'est que la direction, qui souhaitait une prise de pouvoir sans effusion de sang, ne soit pas capable de contrôler ses combattants (..) et on a eu quand même des informations récurrentes de districts qui tombaient aux mains des Talibans et où ils s'adonnaient à des violences incroyables, menaçaient ou faisaient obliger les femmes à épouser leurs combattants… Georges Lefeuvre

Intervenants
  • anthropologue spécialiste de l'Afghanistan et du Pakistan, ancien diplomate, consultant directeur de "Af-Pak Reserach"
  • Géopolitologue, maître de conférences à Sciences Po Paris et professeur à la Paris School of Business
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