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Forces de sécurité devant le complexe de l'UNAMA du district de Guzara, dans la province de Herat

Afghanistan : possible victoire des talibans, défaite certaine de l’OTAN. Avec Gilles Dorronsoro et Elie Tenenbaum

29 min
À retrouver dans l'émission

L'opération militaire des Etats-Unis en Afghanistan prendra officiellement fin le 31 août. Les Taliban sont-ils aujourd'hui la seule force politique crédible en Afghanistan ? Quelles leçons pour l'OTAN après cet échec ?

Forces de sécurité devant le complexe de l'UNAMA du district de Guzara, dans la province de Herat
Forces de sécurité devant le complexe de l'UNAMA du district de Guzara, dans la province de Herat Crédits : HOSHANG HASHIMI - AFP

Après deux décennies de guerre, les Etats-Unis se retrouvent devant les débris de l’opération “Enduring Freedom”, dont le coût financier mirobolant rivalise avec un bilan humain scandaleux. En même temps, la recrudescence des assassinats politiques et l'offensive talibane ont contribué à l'augmentation inquiétante des victimes civiles, comme le pointe le dernier rapport de l'UNAMA. 

Comment interpréter le départ à bas bruit de la coalition internationale ? Les Talibans sont-ils aujourd'hui les seuls intendants crédibles au pouvoir afghan ? Pour en discuter avec nous, Gilles Dorronsoro, professeur de sciences politiques à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, auteur de “Le gouvernement transnational de l’Afghanistan. Une si prévisible défaite” en 2021, et Elie Tenenbaum, directeur du centre des études de sécurité à l’IFRI. Il a publié en avril 2021 avec Marc Hecker “La guerre de vingt ans: djihadisme et contre-terrorisme au 21ème siècle”.

L'Afghanistan en état de siège

Tandis que l'offensive éclair des Talibans progresse, les forces de sécurité du gouvernement d'Ashraf Ghani ne se maintiennent plus que dans 70 districts sur 400, ainsi que dans les capitales de province.

La situation est désespérée, le gouvernement va tomber, c'est une question de semaines. Gilles Dorronsoro

Est-ce que les talibans veulent aujourd'hui se battre dans Kaboul ? La réponse est très probablement non. Leur stratégie, c'est de prendre les villes du Sud et de l'Ouest, d'étouffer progressivement la région de Kaboul. Ils ont encore du nettoyage à faire dans l'Est puisqu'il reste des positions gouvernementales. Et leur pari, c'est qu'à un moment donné, Kaboul va tomber sans combat ou pratiquement sans combat. Gilles Dorronsoro

Privée d'appui aérien américain, l'armée afghane peine à être opérationnelle. Si les frappes américaines ont encore permis de retarder l'avancée talibane sur Kandahar il y a deux semaines, leur utilité est désormais compromise par le déplacement des combats dans les zones urbaines et par leur déclenchement en dehors du pays. Un problème qui concerne l'ensemble de cet Etat afghan construit de l'extérieur :    

On trouve aussi dans d'autres secteurs de l'activité des services publics des forces gouvernementales financées quasiment exclusivement par des soutiens extérieurs et qui ne répondent pas à un projet politique de gouvernance auquel eux-mêmes adhèrent, et qui sont devenus des sortes de mercenaires de la communauté internationale. Et le moment où le soutien extérieur s'arrête, l'ensemble de l'édifice s'effondre comme un château de cartes. Elie Tenenbaum

Les Talibans en quête de légitimité politique

En 2001, l'opération "Enduring Freedom" avait été lancée par les Etats-Unis avec un mandat onusien pour détruire les camps d'entrainement d'Al Qaïda. Oussama Ben Laden avait effectivement été hébergé par le régime taliban à cette époque, soulevant la crainte d'un "sanctuaire djihadiste" en Afghanistan. 

En même temps, le gouvernement Bush avait dicté une doctrine selon laquelle les hébergeurs des terroristes ne pouvaient être distingués de ces derniers. Cette doctrine a officiellement été enterrée avec les accords de Doha, conclus entre les Etats-Unis et les Talibans en février 2020. 

Tout au long de la guerre, la stratégie occidentale a sous-estimé la capacité organisationnelle des Talibans : 

On le voit sur les photos, le pantalon trop court, la barbe. Il y a une espèce de look très particulier des Talibans et à partir de ça, on a projeté sur ce mouvement l'idée de moyenâgeux. C'est dû aussi à leurs pratiques iconoclastes, arriérées. Gilles Dorronsoro

Les Talibans sont plus organisés aujourd'hui, ils ont plus de cadres. C'est un mouvement authentiquement national, c'est-à-dire que quand on voit la carte politique aujourd'hui, ils sont très forts dans le Nord, ce qui n'était pas dans les années 90. Donc, c'est un mouvement plus structuré, un mouvement plus prudent. Ils ont adopté un double langage par le journalisme, ils ne disent pas la même chose aux diplomates qu'à leurs propres militants. Donc, tout ça, c'est des signes de sophistication. Gilles Dorronsoro

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Intervenants
  • Directeur du centre des études de sécurité à l’IFRI
  • Professeur de science politique à l'Université Paris I et membre sénior de l'Institut universitaire de France, spécialiste de l’Afghanistan et de la Turquie
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