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Lors du rassemblement en hommage aux victimes des attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher le 11 janvier 2015 à Lyon.

Attentats de janvier 2015 : la portée d’un verdict, avec Denis Salas et Pascale Robert-Diard

42 min
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Le 16 décembre, la cour d’assises spéciale de Paris a prononcé des peines allant de 4 ans de prison à la perpétuité contre 14 personnes coupables d’avoir assisté les auteurs des attaques de janvier 2015. Quelle est la portée de ce verdict ? Pour en parler, Denis Salas et Pascale Robert-Diard.

Lors du rassemblement en hommage aux victimes des attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher le 11 janvier 2015 à Lyon.
Lors du rassemblement en hommage aux victimes des attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher le 11 janvier 2015 à Lyon. Crédits : Robert DEYRAIL - Getty

Après 54 jours d’audience intenses, le verdict des attentats de janvier 2015 est tombé mercredi 16 décembre en fin de journée. Les peines énoncées vont de 4 ans de prison à la perpétuité contre 14 personnes reconnues coupables d’avoir assisté, plus ou moins directement, les auteurs des attaques de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, une policière de Montrouge et l'Hyper Cacher.

Cette décision de justice signifie-t-elle que « le cycle de la violence [est] refermé, au moins sur le plan pénal » ? Ce sont les mots de Riss publiés mercredi dans un éditorial. Le responsable du journal Charlie Hebdo estime, en revanche, que sur le plan humain « les répercussions ne s'effaceront jamais".

Pour en parler, Guillaume Erner est en compagnie de Denis Salas magistrat-chercheur, président de l’Association française pour l’histoire de la Justice et auteur de La foule innocente, aux éditions Desclée De Brouwer (2018). Il sera rejoint dès 8h20 par la journaliste Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire au journal Le Monde.

"Ce verdict est une bonne surprise" (Pascale Robert-Diard)  

"C'est un verdict qui a approché de plus près les responsabilités individuelles des accusés qui étaient dans le box (...) et qui a tenté de rechercher très, très précisément à quel niveau de responsabilité chacun était dans cette nébuleuse terroriste qui a souvent été décrite au cours de ce procès. (...) Il était important d'entendre ce que nous ont dit des avocats de la défense qui ont su déconstruire cette thèse et démontrer que nombre d'entre eux étaient très, très, très loin de la scène terroriste et qu'ils étaient plutôt dans le trafic d'armes ou dans le trafic de stupéfiants et qu'ils ont alimenté notamment Amedy Coulibaly dans la préparation de l'attentat." (Denis Salas)

"C'est un verdict qui découpe selon les pointillés, c'est-à-dire qu'il essaye d'être au plus juste des responsabilités de chacun des accusés et qu'il n'a pas cédé à la tentation de répondre par la sévérité, à la peur et à la violence et à tout ce qu'on a vu pendant ce procès. Donc, c'est une bonne surprise" (Pascale Robert-Diard)

"Le mot de "clément" ne me semble pas du tout adapté [pour qualifier le verdict]. Tous ont été condamnés. Simplement, ce qu'a fait la cour d'assises, c'est qu'elle a retiré de l'incrimination, pour certains d'entre eux, qui étaient loin de la scène terroriste, la qualification de terroriste. Mais des peines ont été prononcées pour malfaiteurs qui, effectivement, ont contribué à alimenter l'acte terroriste lui même, sans forcément qu'ils soient au courant du fait que cet attentat ait été pensé, préparé dans cette perspective là. C'est cette absence de connaissance de la perspective de l'attentat qui était ignorée de certains accusés, c'est ce qu'ont plaidé beaucoup d'avocats et c'est pour cela qu'on a retiré cette qualification dans le verdict qui était rendu hier." (Denis Salas)

"Ali Reza Polat, depuis le départ, était considéré comme le principal accusé. D'abord, c'était le seul des accusés présents qui était poursuivi pour "complicité des crimes" commis par Amedy Coulibaly. Donc, il avait un statut particulier. Il encourait la perpétuité qu'il n'a d'ailleurs pas eu. Pour Amar Ramdani, c'est un peu plus complexe. Il est condamné à 20 ans. Je pense que, comme pour un autre accusé qui s'appelle Nezar Mickaël Pastor Alwatik, il a été jugé sur la très grande proximité qu'il a entretenue avec Amedy Coulibaly. Les 3 hommes, Coulibaly, Pastor Alwatik et Ramdani, appartiennent à ce que l'on a appelé "la secte de la buanderie", c'est-à-dire qu'ils ont été incarcérés ensemble à Villepinte et ils se retrouvaient tous les jours dans cette buanderie pour plier des draps. Et c'est là que, notamment, ils se sont engagés dans une pratique très, très radicale de l'Islam et que cette amitié a perduré à la sortie de prison. Mais voilà, je pense que cette proximité fait que les juges ont considéré que Ramdani ne pouvait pas avoir ignoré, évidemment, d'une part, la bascule radicale de Coulibaly et donc ses projets d'attentats." (Pascale Robert-Diard)

"La dimension historique est surtout venue de l'ensemble de ces témoignages." (Denis Salas)

"Il y a eu une dimension proprement classique dans un procès pénal, à savoir juger des hommes qui ont commis ces actes là directement ou de manière plus lointaine. Et puis, il y a eu ce qu'on a vu les trois premières semaines, en particulier ces auditions des victimes qui ont témoigné, ou des proches des victimes qui ont témoigné de ce qu'elles ont pu subir ou de ce qu'elles sont devenues depuis les faits." (Denis Salas)

"Il y a eu aussi un très beau moment qui était le moment de la déposition de [la] mère d'Ali Reza Polat, qui est une femme remarquable, qui, à un moment donné voulait très bien faire pour son fils, qui voulait dire que c'était un garçon très gentil, très parfait tout ça, et qui, à un moment donné, a quand même dû convenir que, justement, du fait de sa pratique radicale de l'Islam, alors que la famille était kurde alévi et que la mère n'était pas du tout religieuse, [Ali Reza Polat] a insulté sa mère, l'a traitée de mécréante et ça aussi, ça a contribué au portrait du personnage." (Pascale Robert-Diard)

"La dimension historique est surtout venue de l'ensemble de ces témoignages. Parce qu'il y a eu la présence du mal et on l'a vu très, très fortement, notamment les scènes de la tuerie de Charlie Hebdo qui ont été montrées à l'audience, et également le parcours de Coulibaly dans l'Hyper Cacher (...). Tout ça a été très largement montré en quelque sorte pour l'exorciser, pour une sorte de catharsis, pour le redire dans le rituel judiciaire, afin de cette manière de l'inscrire dans nos mémoires comme un récit que le droit que la cour d'assises impose aux faits et qui n'est pas un récit qui est uniquement guidé ou conduit ou montré par le tueur à travers des images qu'il a pu prendre au cours de cette affaire." (Denis Salas)

"Coulibaly visait l'école juive de Montrouge." (Denis Salas)

"Ce que dit le verdict aussi, c'est que la l'entreprise terroriste qui s'est déroulée en janvier 2015, c'est un tout. [C'est] la notion juridique (...) de coaction. On a considéré dans ce verdict que cette entreprise Montrouge-Hyper Cacher et Charlie-Hebdo, c'est un plan concerté organisé très largement par Amedy Coulibaly (...) qui a effectivement construit comme un tout cet ensemble d'attentats. (Denis Salas)

"Ce qu'a montré le débat, ce qu'ont plaidé les avocats, c'est que Coulibaly visait l'école juive de Montrouge. Ce qui n'apparaît pas dans la décision, mais qui apparaît dans la motivation qui nous a été distribué - un peu comme Merah l'avait fait à Toulouse - c'est parce qu'à ce moment-là, il y avait un accident de circulation qui a fait intervenir Clarissa Jean-Philippe qu'il a changé sa cible et qu'il s'est rabattu sur la policière de Montrouge." (Denis Salas)

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