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« Beurettes »: du fantasme orientaliste au cliché raciste

"Beurettes" : du fantasme orientaliste au cliché raciste. Avec Salima Tenfiche et Christelle Taraud

17 min
À retrouver dans l'émission

Danseuses de ventre, princesses orientales, beurettes, seraient-ce les différentes déclinaisons d’une femme arabe édifiée en objet sexuel ? La beurette, est-ce que c’est un énième recyclage de l’orientalisme ?

« Beurettes »: du fantasme orientaliste au cliché raciste
« Beurettes »: du fantasme orientaliste au cliché raciste Crédits : Grant Faint - Getty

« Beurette », ce terme revêt aujourd’hui une connotation dégradante, liée à son usage dans le lexique pornographique. À l’origine, il s’agit de la déclinaison au féminin du mot « beur », désignant les jeunes d’origine maghrébine. Pourtant, depuis la « Marche des beurs » en 1983, le mot « beurette » colonise plus les sites du X que les livres d’histoire. Dans une enquête réalisée à partir d’entretiens avec des Maghrébines de France et un riche corpus académique sur le sujet, Sarah Diffalah et Salima Tenfiche tentent de remonter à l’origine du rapport malsain entretenu dans la langue française envers ce groupe social. Salima Tenfiche est invitée des Matins d'Été pour discuter de l’ouvrage.   

Historienne de la colonisation et de la domination des corps, Christelle Taraud apporte un éclairage historique sur la question. Ayant travaillé sur les représentations graphiques des femmes dans les colonies du Maghreb, elle tisse des liens entre les fantasmes du récit orientaliste et les clichés qui continuent à hanter l’image de femmes qui souhaitent afficher leur héritage culturel sans y être réduites. 

Salima Tenfiche est doctorante en études cinématographiques (cinéma algérien contemporain) et chargée de cours à l’Université Paris Diderot.

Christelle Taraud est historienne et féministe, enseignante à New York University Paris et membre du centre d’histoire du XIXème siècle.

Des liens qui contraignent 

Alors que, pendant les années 1980, la "beurette" est synonyme d'une intégration réussie, ce terme évolue pour atterrir sur les sites pornographiques, jusqu'à s'inviter dans les cours d'école sous forme d'insulte. Pour Salima Tenfiche et Sarah Diffalah, ce développement est symptomatique d'un racisme latent en France, qui mène de nombreuses franco-maghrébines à nier leur propre arabité. Prisonnières d'une double injonction à lisser leurs différences culturelles tout en restant loyales à leur groupe social d'origine, leur construction identitaire ressemble surtout à un empêchement. 

Au début, l'idée nous est venue d'un constat, celui que nous avions toujours évité de mettre en avant notre double culture et notre origine maghrébine. Salima Tenfiche

Quand le colonialisme infuse les imaginaires

Tout comme "beurette" est le féminin de "beur", "mauresque" est celui de "maure". Cependant, la "mauresque" devient pendant la colonisation un élément important de l'orientalisme pictural. Affichée les seins nus sur les cartes postales des colonies françaises, la "mauresque" reste en fait inaccessible aux colonisateurs de par sa classe sociale élevée. Cette mise à distance est contournée par une sur-exotisation et sur-sexualisation de la femme orientale dans l'imaginaire colonial.   

On voit bien que, quand il n'y a pas possibilité d'accaparement réel, physique, l'accaparement se fait à travers l'imaginaire. Christelle Taraud

Le problème, c'est la hiérarchisation des différences. Et l'orientalisme est une forme de hiérarchisation de la différence, qui va adosser à une catégorie un certain nombre de spécificités physiques et psychologiques. Christelle Taraud

Des stéréotypes à déconstruire

À rebours des idées reçues sur les femmes d'origine maghrébine, "Beurettes" montre comment les femmes interrogées naviguent entre leur culture et leurs aspirations, malgré des stéréotypes tenaces notamment dans la culture cinématographique. 

On peut refuser d'utiliser cette catégorie "beurette" en comprenant que ce mot est une insulte, et qu'il empêche les femmes d'origine maghrébine de sortir de ce piège. Salima Tenfiche

En interrogeant Sabrina Ouazzani, qui est une actrice française, on a découvert qu'elle avait refusé une cinquantaine de rôles qu'elle avait considérés comme trop caricaturaux. Salima Tenfiche

Intervenants
  • Doctorante en études cinématographiques (cinéma algérien contemporain) et chargée de cours à l’Université Paris Diderot.
  • Enseignante dans les programmes parisiens de New York University.
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