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Des protestants participent à une manifestation contre le coup d'État militaire à Twante, région de Yangon, le 17 février 2021.

Birmanie : la résistance civile face à l’armée. Avec Sophie Boisseau du Rocher et François Robinne.

46 min
À retrouver dans l'émission

Devant la montée en puissance de son opposition civile, l’armée birmane a décidé de se replacer au centre du jeu politique par un exercice dont elle a l’habitude : le coup d’État.

Des protestants participent à une manifestation contre le coup d'État militaire à Twante, région de Yangon, le 17 février 2021.
Des protestants participent à une manifestation contre le coup d'État militaire à Twante, région de Yangon, le 17 février 2021. Crédits : STR - AFP

La célèbre Aung San Suu Kyi est retenue dans un lieu tenu secret depuis le 1er février. Devenue en 2016 la cheffe de gouvernement de facto, elle avait parié sur le compromis avec les généraux pour assurer une transition démocratique dans la douceur. 

Mais dans la rue, travailleurs, médecins, étudiants et moines se mêlent pour réclamer le départ de la junte. Pour des centaines de milliers de birmans, ce coup semble être « celui de trop ». 

Et si, comme l’écrit l’historien et écrivain birman Thant Myint-U sur Twitter, « les généraux avaient peut-être déclenché par inadvertance une nouvelle ère révolutionnaire » ? Cela semble probable. Mais les épreuves qui se dressent devant la société civile et l’opposition sont multiples : il y a la répression, certes, mais aussi des divisions ethniques et un désordre économique savamment manipulés et entretenus par l’armée depuis des décennies.

Face à l'armée, une jeunesse surprenante

C’est un mouvement général essentiellement porté par les jeunes avec des actions de désobéissance civile qui remettent sévèrement en cause le succès de départ du coup d’État. (François Robinne)

C’est une jeunesse qui a connu la démocratie et qui est prête à prendre des risques. Il faut se rappeler que tous les coups d’État qui ont eu lieu dans le pays se sont terminés dans un bain de sang. (François Robinne)

L’armée et la police sont encore assez distantes et le mouvement de désobéissance civile modifie sa tactique avec des stratégies de sabotage assez impressionnantes : des voitures à l’arrêt, capot ouvert avec marqué « en panne » qui bloque l’accès aux grandes villes pour permettre aux manifestants de poursuivre leur marche en empêchant les chars d’avancer. (Sophie Boisseau du Rocher)

L’armée a très clairement sous-estimé la vigueur de la résistance. Il ya une tradition contestataire au Myanmar avec une population prête à risquer sa vie et descendre dans la rue. Elle ne s’attendait surtout pas à une jeunesse inventive, mieux organisée et surtout plus connectée. (Sophie Boisseau du Rocher)

Comment éviter une répression violente ?

À terme, les manifestants vont poser problème à l’armée qui ne sera plus capable de gérer la Birmanie. Se dessineront deux solutions : une confrontation qui débouche sur la violence - historiquement, l’armée n’hésite pas à tirer - ou une confrontation qui se termine par un compromis. (Sophie Boisseau du Rocher)

On voit apparaître l'émergence de signaux qui pourraient permettre à un compromis politique de se mettre en place. (Sophie Boisseau du Rocher)

Mais à chaque coup d’État c’est la même rengaine : on dit vouloir organiser des élections, mais il y a très peu de chances et aucune raison de croire à ce projet. (François Robinne)

Un coup d'État aux raisons multiples

On peut invoquer différentes raisons qui sont toutes opportunistes : le général Kim va prendre sa retraite et craindrait de passer en jugement devant la Cour pénale internationale du fait du massacre des Rohingyas. Il peut aussi avoir été influencé par la défaite américaine et le refus des militaires d’accepter la claque des dernières élections. (François Robinne)

L’armée n’a jamais envisagé une vraie transition politique. Elle voulait encadrer le processus pour en tirer parti. Aung San Suu Kyi a réussi à contourner ces contraintes car à l’origine elle n’avait pas de liberté de pouvoir. Elle représente désormais un vrai risque car avec 82% des sièges à l’Assemblée, le nouveau gouvernement pourra faire avancer la réforme constitutionnelle. (Sophie Boisseau du Rocher)

Ce coup d’État n’est pas une question personnelle même si les Birmans portent Aung San Suu Kyi aux nues, ce coup d’État est une question constitutionnelle. Il y a eu deux élections récemment en 2015 et 2020. En 2015 le peuple a porté Aung San Suu Kyi au pouvoir. En 2020 c’est un peu différent, le peuple a voté contre le pouvoir militaire. (François Robinne)

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Intervenants
  • chercheuse associée au Centre Asie de l'Institut français des relations internationales (IFRI)
  • Anthropologue, directeur de recherche au CNRS, membre de l’Institut d’Asie Orientale (IAO)
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